EN LIVE AVEC LES STARS !

Publié le par corsu61

Cette catégorie vous permet de découvrir les stars sous leur vrai jour, et non celui qu'elles veulent bien montrer par l'intermédiaire de leur agent, leur attaché de presse, ou leur prestation dans une émission de télévision.

Pour cela, profitant de mon expérience de plusieurs années dans le domaine de l'interview, je vous propose le récapitulatif des rencontres que j'ai pu avoir avec vos acteurs ou actrices préférés, et je vous joins les interviews correspondantes.

Tout vous est relaté, sans fard ni dissimulation, et sans aucune langue de bois. Vous allez découvrir que certaines stars sont loin de l'image que l'on veut donner d'elles, que ce soit en bien ou en mal.

N'hésitez pas à me laisser vos commentaires pour me relater vos impressions.... Alors, bon voyage de l'autre côté du miroi
r...

 

Aujourd'hui :

ERIC FRATICELLI (PIDO)

ERIC FRATICELLI (PIDO)

26 avril 2015. Eric Fraticelli est présent pour la journée de clôture de l'excellent festival du rêve de Porto-Vecchio (que je recommande fortement) organisé par son ami, le comédien Jean-François Perrone.

Rendez-vous est pris à 15 heures. Le comédien est à l'heure et se montre d'entrée souriant, très disponible, ouvert et particulièrement chaleureux. Depuis que je réalise des interviews, il est d'ailleurs le seul artiste rencontré qui fait la bise à ma photographe !

Je demande aux responsables du festival s'ils peuvent nous indiquer un endroit calme pour que nous puissions converser sans être dérangés. Jean-François Perronne met alors aimablement son bureau à notre disposition afin que l'entrevue se déroule dans les meilleures conditions. Eric Fraticelli se sert un petit café, et, après nous être confortablement installés dans le canapé, sous un tableau de Charlie Chaplin, l'entretien peut commencer...

 

Tout d'abord, je voudrais savoir comment vous appeler... Eric Fraticelli ou Pido ?

(Il sourit)

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Je ne sais plus (Il rit). En plus, il n'y a pas qu'Eric ou Pido. Quand on est comédien comme moi, les gens vous appellent par le prénom du personnage qui les a touchés. Les fans de "Mafiosa" m'appellent Tony, les fans de "Tzek et Pido" m'appellent Pido, ceux qui me connaissent depuis mon enfance m'appellent Eric... A la fin, je vais devenir schizophréne ! (Nous rions).

Personnellement, je m'en fiche ! Le tout, c'est qu'on s'adresse à moi, voilà.

Racontez moi votre parcours. Qu'est ce qui vous a mené au métier d'acteur ?

En fait, tout est parti d'un concours de circonstances. Je n'étais pas du tout attiré par ce métier, mais alors pas du tout ! Je faisais mes études de philosophie à Aix en Provence, et j'ai retrouvé un ami de Bastia qui, lui aussi, y faisait les siennes. Cet ami a toujours voulu être comédien. Il faisait donc du théâtre classique et moi, comme je ne savais pas quoi faire d'autre, j'en ai fait avec lui. Ce fameux copain, c'était en fait Jacques Leporati, qui deviendra plus tard "Tzek".

Au bout de 5 ans de théâtre classique, on a décidé, pour s'amuser, d'écrire un spectacle pour fêter la fin de nos études. Finalement, ça nous a plu et nous avons créé le duo "Tzek et Pido". Et voilà ! Tout s'est fait par hasard, sans aucun plan de carrière.

Lequel de vous deux a eu l'idée de vos noms de scène ?

Tous les deux ! En fait, nous devions jouer dans un café-théâtre à Marseille, et il nous fallait deux pseudos de 4 lettres ! C'était mieux pour l'affiche. Nous, on tenait à ce qu'il y ait une connotation corse, au moins phonétiquement. On a donc trouvé "Tzek et Pido", par rapport au fait que ce sont deux parasites... Franchement, il n'y avait pas de sens plus profond que ça ! (Il rit).

Vous êtes restés ensemble 10 ans...

Oui. De 1995 à 2005.

Combien de spectacles différents avez-vous joué tous les deux ?

Onze. Ensuite, Jacques en a fait deux en solo et moi trois.

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A l'époque, vous avez fait un carton, et ça continue d'ailleurs encore sur internet. Vos sketchs sont régulièrement visionnés par un public très nombreux. Alors, voici la fameuse question que tout le monde se pose et à laquelle il vous faut répondre sans langue de bois : qu'est-ce qui a déclenché votre séparation ?

Ca n'a pas été une séparation... (Il réfléchit)... On s'était dit, dès le début, qu'au bout de dix ans, si tout allait bien, on ferait un break pour qu'il n'y ait pas d'essoufflement au niveau de la créativité. De plus, on craignait beaucoup l'usure... Quand cette dernière arrive, tout devient automatique et répétitif, et on ne voulait surtout pas de ça ! En plus, on ne voulait pas non plus que le public se lasse !

On avait donc décidé de faire un break de trois ou quatre ans, pour essayer entre temps de faire du cinéma ou autre chose, et ensuite de revenir avec de l'envie, une énergie nouvelle, et un manque qui se serait créé au niveau du public.

Finalement, trois ans après, Jacques a écrit un spectacle. Il voulait essayer de monter seul sur scène. J'ai donc écrit le mien également et je suis aussi monté seul sur scène...Voilà... En fait, il n'y a pas eu de séparation. Ca s'est fait comme ça...

Dans un duo, il y en a toujours un qui est plus imaginatif, qui apporte plus d'idées que l'autre. Lequel d'entre vous était le plus créatif ?

Dans notre cas, ça ne marchait pas trop comme ça. Certes, sur scène, au niveau des personnages, il y en avait un plus fort et un plus faible : le clown blanc et l'auguste. Mais ça, c'est un mécanisme que nous n'avons pas inventé. En revanche, au niveau des sketchs, personne n'écrivait plus que l'autre. C'était une écriture totalement dualiste.

Tout commençait d'une façon orale. L'un de nous deux disait "Et si tel personnage avait un caractère comme ça ?".. Ce qui déclenchait chez l'autre la naissance d'une nouvelle idée... etc... Un coup j'initialisais l'idée, un coup c'était Jacques... Franchement, c'était une écriture à deux !

Vous jouiez sur beaucoup de clichés régionaux, et vous les amplifiez de manière humoristique...

Tout à fait. Des fois, on frôlait même le burlesque. Notre choix artistique était plutôt populaire.

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Dans votre one man show, vous avez gardé ce mode de fonctionnement. Et ça cartonne puisqu'un de vos sketch tourne en boucle sur Youtube et fait rire des milliers d'internautes : celui des gendarmes en Corse...

(Il sourit). C'est vrai.

Maintenant que vous avez mis le pied dans la grande machine du cinéma traditionnel français, qu'est-ce qui vous attire le plus ?

(Il réfléchit) Pour moi, il n'y a rien de mieux que la scène. Au niveau des sensations, au niveau de l'échange avec le public, au niveau de la force de l'exercice, de l'énergie que ça demande, il n'y a pas photo !

Par contre, ce qui est bien, c'est que c'est complémentaire. Que ce soit le cinéma, la télé ou le théâtre, c'est le même métier fait d'une manière différente. C'est dommage de se priver d'un des trois. On peut les faire, mais pas en même temps, c'est compliqué ! Pendant deux ans, j'ai essayé de le faire, j'ai fini sur les rotules ! J'étais tellement fracassé que j'ai été opéré d'une hernie discale ! Alors maintenant, j'essaie de ne plus mélanger les genres parce que c'est trop épuisant.

Racontez moi votre passage à la télé, sur Canal+...

C'était il y a dix ans. On jouait, avec Jacques, au palais des glaces, à Paris. Stéphane Meunier, le réalisateur du fameux documentaire "Les yeux dans les bleus", sur l'équipe de France de football, était venu nous voir jouer. Il avait adoré et il travaillait alors à Canal +. C'est lui qui nous a fait faire "La météo vue par Tzek et Pido"...

(Il coupe brusquement) Mais quand je parle de "faire de la télé", je ne parle pas de ça ! Ce qu'on a fait sur Canal+, ça ne me plait pas du tout ! Quand je parle de "faire de la télé", je veux dire "faire des fictions qui, ensuite, passent à la télé" !

Ok. Faire des programmes longs...

Ou aussi des courts. Mais je ne parle pas des chroniques, des jeux... Ca, ça ne me plait pas trop. (Il souffle)... Quand je vois des chroniqueurs, autour d'une table, que ce soit sur D8 ou Canal+, peu importe...(Il lève les yeux au ciel). Cette télé moderne ne me plait pas trop. Je préfère comme c'était fait avant, lorsque le présentateur coupait l'émission en disant "Et maintenant, nous allons voir un sketch de...".

Maintenant, le mec qui est autour d'une table, qui balance trois ou quatre vannes déjà préparées et qui essaie de faire rire pour se faire remarquer, ça, ce n'est vraiment pas mon truc !

 

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Vous n'êtes pas un adepte du fameux "Buzz"...

Non. Ca ne me plait pas.

Désormais, vous tournez dans des productions importantes. Dernière en date : "La French" avec Jean Dujardin et Gilles Lellouche. Ca vous a plu de jouer un commissaire véreux ? (Je souris)

(Il rit) Oui, oui !! J'aimais bien ! En plus, il y avait une super ambiance de tournage ! Cédric Jimenez, le réalisateur, avait une méthode très intéressante, proche du théâtre. Il nous faisait refaire la scène sans cesse, sans qu'on s'occupe de la technique, alors que d'habitude, on tourne avec un axe précis, on coupe, on change la lumière de place, etc... Lui, il préparait une lumière et une fois en place, il nous laissait jouer la scène librement, sans nous arrêter, sur une durée de plan théâtral. D'habitude, au cinéma, on est coupé au bout de dix secondes, puis on recommence...

C'était très intéressant à faire. Bien que nous soyons bien encadrés, nous étions assez libres. En plus, je connais Jean Dujardin depuis l'époque où on jouait au café-théâtre à Paris. On ne s'était jamais revu depuis qu'il était au "Carré blanc" et nous au "Palais des glaces". On faisait de temps en temps des scènes communes. Il faisait partie, à l'époque, des "Nous C nous" avec Bruno Salomone et Eric Colado... 

En fait, il y avait des soirées au cours desquelles il y avait dix minutes avec les "Nous C nous", cinq minutes avec "Tzek et Pido", d'autres avec "Eric et Ramzy"... C'est comme çela que nous nous étions croisés. En ce temps là, il n'avait pas encore fait "Un gars, une fille"...

On s'est revu en 2013 sur le tournage de "Möbius" d'Eric Rochant, en Belgique, et ensuite sur "La French" où on a une scène ensemble et dans laquelle on s'est bien marré !

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En tant que spécialiste de l'humour, quel est, pour vous, le secret du rire ?

(Il réfléchit) Je ne sais pas. Je pense que c'est carrément une question philosophique ! C'est comme si vous me demandiez s'il existe un secret pour l'Art.

Je ne sais pas s'il existe un secret pour le rire. Je ne pense pas qu'il y ait une formule...

Beaucoup parlent du rythme !

Ah ça oui ! Il y a des techniques et des ingrédients nécessaires. Mais c'est comme si on voulait résoudre une équation mathématique : "Ok, j'ai mes +, j'ai mes =, j'ai mes -, j'ai des chiffres, j'ai des lettres pour les inconnues... Bon super. Mais ça ne sert à rien parce qu'il n'y a pas de formule !"

En ce qui me concerne, je marche à l'oreille. Elle me dicte le rythme. Quand je répète, je ne me filme pas mais je m'enregistre et je parle comme si le public était là. C'est le ton qui me donne le rythme, et non pas le contraire.

Vous savez, si on regarde l'Univers et toutes les lois de la physique, tout est du rythme. Les fréquences, le son... tout est rythmé. Et je pense que le rire est encore plus accroché au rythme que toute autre discipline. Sans lui, tout est fini. Ca peut se jouer à la seconde près.

A vous écouter, n'importe qui, s'il a le fameux rythme, peut faire rire une salle...

Non. J'ai dit que c'était un ingrédient nécessaire, mais pas suffisant...

Alors qu'est-ce qui fait la différence ?

Faire la différence, je l'ignore. Mais je sais que plein d'ingrédients peuvent rentrer en jeu. Ca peut être, pour certaines personnes, leur manière de parler, le timbre de leur voix, ou alors l'imaginaire qu'ils ont déclenché en imaginant une situation... Il y a plusieurs manières de faire rire les gens. C'est pour cela que je vous dis qu'il n'y a pas une seule formule pour que ça marche. C'est comme s'il y avait dix mille chemins pour arriver au même endroit...

Je crois aussi qu'on fait rire plus fort s'il y a une forme de sincérité de la part du personnage. Je connais des comiques qui sont sur scène pour être beaux ! (Il sourit de dépit). Mais un clown ne veut jamais être beau ! C'est même tout le contraire !

C'est vrai. S'il est ridicule, c'est d'autant plus amusant...

Bien sûr ! J'ai vu des comiques qui font rire, et qui sont très bons, mais qui gâchent leur travail parce qu'ils sont là pour séduire les gens ! La séduction, c'est autre chose...

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Je pense, pour ma part, qu'il faut plaire sans séduire. C'est compliqué, mais ça peut se faire.

J'ai vu qu'il y a quelques temps, vous vous êtes engagé politiquement...

(Il réagit immédiatement). Non !

Je n'ai même pas fini de poser ma question !

Non, mais je vois où vous voulez en venir. Il y a eu un manque d'informations là-dessus ! Moi, je suis contre les politiciens ! Evidemment, vous allez me demander : "Mais pourquoi alors étiez-vous sur une liste électorale ?"... Parce qu'on est venu me chercher avec un projet qui était artistique ! Quelqu'un avait entendu dire que je rêvais de monter une école municipale de théâtre à Bastia. Avec le père de Jean Zuccarelli, Emile, cela n'avait jamais été possible.

En revanche, Jean est venu me voir un jour en me disant : "Ecoute, si tu veux bien faire partie de mon équipe, je te laisse les clés pour monter cette école municipale gratuite. Pourquoi gratuite ? Parce que je voulais qu'elle soit accessible à toute la jeunesse bastiaise, ainsi que pour celle du grand Bastia. Je voulais donc cette école, ainsi qu'un Conservatoire ! Et avec l'éventuelle municipalité que Jean aurait dirigée, on devait monter ces deux projets. Il faut savoir qu'il existe un Conservatoire de musique, mais pas de théâtre...

Conservatoire que vous auriez dirigé ?

Dirigé...(Il tempère)...Je n'étais pas là pour diriger ! Il se trouve que j'avais ce projet... Je pense qu'il faut s'entourer de plusieurs personnes pour monter ça ! J'aurais peut-être donné quelques cours ou, de temps en temps, donné un coup de main mais après, il faut laisser ça aux gens qui sont faits pour.

Ce n'était qu'une idée. Moi, quand j'ai commencé, il n'y avait pas cet outil ! Et j'en ai souffert. Il y a plein de talents à Bastia, qui ont 17 ou 18 ans, qui voudraient faire du théâtre, mais qui, faute de moyens, ne se lancent pas. Alors que, s'il y a une école, ce n'est pas la même chose... Je suis persuadé qu'il y a beaucoup de jeunes qui ne font pas de théâtre parce qu'il n'y a pas les structures adéquates, mis à part deux ou trois cours de théâtre privés, mais l'impact n'est pas assez large.

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Voilà, c'est le seul point commun qui, à un moment donné, m'a fait croiser le chemin de la "politique". Mais, en ce qui me concerne, je ne crois pas en cette dernière.

Ah bon ? Pas du tout ?

(Il fait la moue) Non. Je n'y crois pas. J'ai hâte que, dans deux ou trois siècles, on arrive à comprendre qu'il faut monter un système social dans lequel on doive s'en priver ! Aujourd'hui, ça paraît aberrant car c'est elle qui gère la société ! Je pense qu'il faut se replonger dans les philosophes politiques de la Grèce antique pour voir les différents schémas qui étaient proposés à l'époque. On a pris la voie de la politique,mais il y en avait d'autres proposées par ces philosophes et, franchement, je pense que ça peut tenir la route !

Apparemment, le fait que vous soyez sur une liste électorale vous a valu quelques inimitiés. Il y a même eu un compte Facebook qui a été créé pour boycotter vos spectacles...

Oui. Ce qui est bien, avec Internet, c'est que même les débiles et les idiots peuvent désormais être entendus et écoutés (Il sourit). En plus, les gens qui soutenaient cette idée, les opposants à la liste sur laquelle je figurais, pronaient le progressisme, l'ouverture d'esprit et la tolérance !

Vous savez, Einstein disait : "Il y a deux choses qui sont infinies : l'Univers et la bêtise humaine. Quoique que pour l'Univers, je n'en sois pas sûr !" (Nous rions)

Vous véhiculez une image indéniable de sympathie auprès du public. Alors je voudrais savoir : qu'est ce qui peut vous énerver dans la vie ?

Oh, plein de choses ! (Il bondit) Les embouteillages !! (Il rit).

Qu'est ce qui peut vous faire sortir de vos gonds ?

Un embouteillage !! (Il rit de plus belle). Il m'en faut peu, c'est assez bizarre ! Les gros trucs importants, ça va, mais les petits détails peuvent, des fois, m'énerver au plus haut point ! Dans un embouteillage, je deviens fou, je pète un cable. C'est pour ça que je roule tout le temps à moto...

Il y aussi des faits de société... les grèves ! Et en France, on est servi ! Je pense même que notre pays les a inventées ! On est quand même le seul pays à avoir fait grève pendant la coupe du monde ! (Il rit)

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Un coup c'est "Air France", un coup c'est la Poste... c'est un truc de fou quoi ! Les grèves m'énervent autant que les embouteillages, c'est pour vous dire ! (Nous rions)

Revenons au cinéma. Avec quel metteur en scène rêveriez-vous de tourner et par quel genre de film êtes-vous attiré ?

(Il réfléchit)... C'est comme la musique, je ne suis pas à fond sur un style ou un autre. Après, il y des films ou des familles de films qui me plaisent. Bon, on parle de rêve hein ?

Oui oui...

Martin Scorcese. C'est un rêve parce que tous ses films me parlent. D'abord, j'aime les films dans lesquels il y a une voix off. Dans presque tous les siens, il y en a une. Ensuite, il y a plein de personnages, que ce soit dans "Casino" ou "Les affranchis". Les films comme ça me font rêver. Mais j'aime aussi ceux de Guy Ritchie, "Snatch" par exemple. 

Vous êtes donc porté sur les polars/thrillers... Dans le même genre que "Mafiosa"...

En fait, j'aime quand on arrive à mêler le drame à la comédie (ce qu'a un peu fait Ritchie avec son "Sherlock Holmes"). Les deux sont extrêmement proches, comme le rire et les larmes. Un mec comme Scorcese, même quand il réalise des scènes hyper violentes, arrive à y injecter un peu d'humour. Rappelez-vous la scène des "Affranchis" dans laquelle Joe Pesci vide son chargeur sur le jeune serveur, pendant la partie de poker, parce qu'il lui a fait une simple réflexion... Et les autres qui, choqués par l'agression, lui disent "Mais qu'est ce que tu fais ?? Il va falloir creuser maintenant..." "Et ben je creuserai !" (Il rit). Vous voyez, il y a un drame avec la mort du jeune, mais il y a aussi de la comédie. Et j'adore quand les deux sont associés.

Chez Ritchie, c'est un peu différent. C'est dramatique, dur, quelquefois même gore, mais il y a aussi du comique. J'aime beaucoup quand les contradictions sont bien mélangées.

On parlait tout à l'heure de votre association avec "Tzek". Apparemment, la séparation est faite et bien faite...

(Il tempère) Oui, mais je n'aime pas le mot "séparation". En fait, c'est comme si nous étions partis tous les deux faire un voyage différent.

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Est-il possible que vous reformiez le duo ?

(Il sourit) Franchement, je ne sais pas. Je ne sais pas si Jacques fait pareil, mais moi, je mène ma vie sans plan.

C'est intéressant ce que vous venez de dire : "Je ne sais pas si Jacques fait pareil"...

Je ne sais pas s'il réfléchit de la même manière que moi.

Mais vous devriez le savoir. Vous vous connaissez tout de même très bien...

C'est vrai, mais ça ne nous intéresse pas de nous projeter. Il est là le truc !

C'est incroyable ce que vous me dites. Vous êtes en train de m'affirmer qu'avec la carrière qui est derrière vous et la nouvelle qui est en train de se profiler, vous n'avez strictement pas de plan de carrière ??

Non. Et je n'en veux pas ! Je veux de la poésie dans ma vie. Et la poésie, c'est presque de l'improvisation. La vie m'appelle et je lui réponds. Certes, du coup, je passe à côté de plein de choses. Mais en même temps, j'ai fait des choses que je n'aurais pas pu faire si je n'avais pas eu cet esprit... Je veux prendre la vie comme elle vient en essayant de faire le moins d'erreurs possible.

Vous croyez que vous êtes passé à côté de belles opportunités ?

Dès qu'on choisit un truc, on passe à côté de dix mille autres trucs. Ca marche comme ça, c'est obligé. Mais à un moment, il faut bien choisir !

Si je comprends bien, vous n'êtes pas du genre à aller chercher ou demander un rôle ?

Ah que non ! Demandez à mon agent ! Il devient fou ! (Il sourit). Je ne passe jamais de casting. Je n'y vais pas ! Et c'est pour ça que je ne décolle pas ! (Il rit).

Je ne suis pas d'accord !!

Non, mais je parle d'un vrai décollage. Cela fait 4 ans que je refuse les castings !

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Mais pourquoi ?

Tout simplement parce que je n'en ai pas envie. Je ne veux travailler qu'avec des gens qui veulent travailler avec moi ! Un réalisateur me dit qu'il m'a vu dans telle ou telle production et qu'il veut travailler avec moi, j'y vais ! Si le mec me dit qu'il veut me tester...(Il fait la grimace)... C'est quoi ? Une interro ou quoi ?? Si c'est ça, je passe des examens ! C'est bon ! Je suis allé à la Faculté jusqu'à je ne sais pas quel âge, alors les diplômes, je connais ! (Il rit)

(Je ris) Si je comprends bien , il faut que Martin Scorcese vienne vous chercher...

(Il sourit) Je ne veux pas me comparer à un grand peintre parce que je n'en suis pas un... Mais est-ce qu'on aurait demandé à un grand peintre de faire un dessin avant de faire un tableau, pour prouver qu'il sait dessiner ? Et le casting, c'est un peu ça. C'est aberrant. C'est, pour moi, un truc de malade. Regardez les joueurs de foot ! On leur fait faire un essai... Sauf que dans leur cas, ça va durer une semaine, c'est différent. Dans notre cas, comédiens, on nous demande de faire un essai avec un texte précis pendant deux minutes... Mais quand on fait ça, on est à côté de la plaque ! C'est pour ça qu'on voit beaucoup de films de merde, avec des comédiens qui sont plats ! Tout simplement parce qu'ils sont pratiquement recrutés sur prospectus !

Que pensez-vous des récompenses du métier ? (Césars, Oscars ou Molières)

Ca ne me dérange pas. Ca amène une forme de publicité faite au monde du cinéma ou du théâtre. Ca fait partie du marketing et de la communication.

Ce qui me dérange, c'est qu'on passe à côté du talent de plein de gens avec les méthodes actuelles de recrutement, qui sont basées soit sur le copinage, soit sur la mode (grâce à un bon agent qui arrive à mettre en avant son poulain en le faisant voir partout), soit simplement sur des castings bidons au cours desquels on laisse seulement deux minutes à une personne pour s'exprimer. C'est exactement comme si on demandait à un jeune footballeur, pour intégrer le Real de Madrid : "Tire un coup franc ! Si tu le mets dans la lucarne, on te prend !"

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Mais autant, il n'en mettra plus jamais un de sa vie !

Ca explique pourquoi, maintenant, on voit beaucoup de comédiens standardisés, sans matière et sans relief.

Vous croyez que le cinéma français est en train de se standardiser ?

Je ne sais pas... (Il réfléchit)... Je n'ai pas analysé à ce point. Ce que je sais, c'est que les méthodes de recrutement pour monter un film sont devenues complètement bidons.

Avant, c'était différent. Les producteurs étaient de vrais producteurs, que ce soit au théâtre ou au cinéma. Ils allaient à la recherche du talent qu'on ne connaissait pas. J'en reviens au foot car c'est un peu ce qu'ils font... Ils vont chercher des talents en Afrique, ou ailleurs, le petit bijou, le petit génie. Et après, ils vont le former !  Ca, dans le cinéma, ça n'existe plus ! Aujourd'hui, on va chercher chez les directeurs de casting ou les agents très connus en demandant : "Qui peut-on mettre dans notre film ? Qui marche bien ces temps-ci ?"... Voilà comment ça fonctionne.

Parlons deux secondes du film "L'enquête Corse" d'Alain Berbérian. Vous avez cartonné dans votre rôle de Figoli, alias "Le Piaf"...

Il avait été écrit sur mesure ! Le réalisateur m'avait vu dans un spectacle au palais des glaces. Nous avons fait connaissance et il m'a demandé de lui présenter la Corse, qu'il ne connaissait pas. Il préparait une histoire se déroulant sur l'ile. Je lui ai donc fait faire le tour et lui ai présenté des gens. Il a ensuite écrit son scénario. Un jour, il m'a dit qu'il avait créé un personnage en pensant à moi. C'est comme ça que ça s'est fait.

Après le succès du film, les demandes d'engagements ont dû pleuvoir ?

Non, pas du tout. J'ai même eu trois ans sans aucune demande. C'est bizarre hein  ? Un truc de fou. En fait, tout est basé sur le relationnel...

En résumé, le terme le plus approprié qui puisse vous qualifier c'est : indépendant !

Oui. C'est le seul endroit où je veux être indépendantiste ! (Nous rions)

Ca, c'est une belle phrase de conclusion ! Merci beaucoup de m'avoir reçu.

Mais je vous en prie.

Reportage photo réalisé par Erica Lavalle

Reportage photo réalisé par Erica Lavalle

Commenter cet article

zampanoire 13/06/2015 21:42

super interviews max tu as fais ressortir le meilleur du philosophe, comédien et artiste qu ont ne connaissait pas de pido heureuse de t avoir lu

GROUX Jean Claude 11/05/2015 18:59

Max tu nous a fait découvrir un homme, un acteur fort sympathique qui n'a pas la "langue dans sa poche"

corsu61 11/05/2015 15:22

Merci à tous de vos compliments

Vénus 10/05/2015 10:57

Magnifique interview ! Elle correspond parfaitement à l'image que je me faisais de Pido, cool, sans prise de tête, ... J'adore cet acteur, son jeu est vraiment très bon. J'aimerais le voir plus souvent, dans plus de films. Merci SOS Movies de nous faire partager ces moments privilégiés avec ces acteurs et comédiens, c'est toujours un plaisir de vous lire !

sylvie 09/05/2015 10:06

Ce sketch pour commencer la journée, magnifique. merci