EN LIVE AVEC LES REALISATEURS !

Publié le par corsu61

Cette catégorie vous permet de découvrir les stars sous leur vrai jour, et non celui qu'elles veulent bien montrer par l'intermédiaire de leur agent, leur attaché de presse, ou leur prestation dans une émission de télévision.

Pour cela, profitant de mon expérience de plusieurs années dans le domaine de l'interview, je vous propose le récapitulatif des rencontres que j'ai pu avoir avec vos réalisateurs, acteurs ou actrices préférées, et je vous joins les interviews correspondantes.

Tout vous est relaté, sans fard ni dissimulation, et sans aucune langue de bois. Vous allez découvrir que certaines stars sont loin de l'image que l'on veut donner d'elles, que ce soit en bien ou en mal.

N'hésitez pas à me laisser vos coms pour me relater vos impressions.... Alors, bon voyage de l'autre côté du miroir...

 

AUJOURD'HUI

EN LIVE AVEC LES REALISATEURS !

09 octobre 2015. Le célèbre réalisateur est présent à l'excellent festival Arte Mare de Bastia.

Rendez-vous est pris en fin d'après-midi au théâtre municipal et, lorsque j'arrive, Jean-Pierre Mocky sort d'une interview télé. Le journaliste qui était avec lui me jette alors un regard complice et me glisse un discret : "Bon courage !". Etonné, je lui demande si c'est parce que le réalisateur est de mauvaise humeur. Il me répond simplement : "Non, il est bavard !".

En effet, ce journaliste avait bien raison ! Ayant prévu, comme d'habitude, une série de dix questions sur lesquelles je peux rebondir, je n'ai pu, au cours de l'entretien en poser que cinq... Diable, qu'il a été compliqué de l'interrompre ! Mais après tout, écouter les souvenirs de cet homme aux mille vies a été un vrai régal, que je me fais une joie de partager aujourd'hui avec vous...

Jean-Pierre Mocky, bonjour...

Bonjour.

J'ai du mal à cacher mon plaisir de vous recevoir....

Ca, c'est gentil !

Car pour moi vous êtes une des icônes du cinéma français...

C'est à dire que mes camarades sont morts parce qu'ils ont vécu des vies un peu dissolues, différentes de la mienne ! Je suis végétarien, j'ai vécu assez sainement. Je ne me suis pas drogué, etc... Je n'ai rien contre les gens qui se droguent, mais je ne bois pas, je ne fume pas. J'ai déjà fumé des joints quand j'étais tout petit mais ça ne m'a pas plu. Alors, grâce à tout ça, je suis sans doute resté plus vaillant que d'autres malgré mes 82 ans ! Vous savez, j'ai des camarades de mon âge qui ne marchent plus, d'autres qui ont la maladie d'alzheimer, etc... Alors je reste donc l'un des rares réalisateurs en activité parce qu'à mon âge, je devrais être à la retraite !

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Je vous ai donné un surnom tiré du titre d'un de vos films : "Un drôle de paroissien". Je trouve que cela colle parfaitement à l'image que vous donnez...

Oui.

J'ai dévoré votre livre "Je vais encore me faire des amis !". La première phrase nous met tout de suite dans le bain : "Je suis de plus en plus connu, sûrement parce qu'en France, il y a de moins en moins de metteurs en scène qui comptent"...

Voilà, c'est ça ! Qui comptent et également qui ne sont plus là. J'en parlais tout à l'heure avec des jeunes. Aujourd'hui, on n'ose plus parler de certains sujets. Dans le monde actuel, il y a le réchauffement climatique mais le refroidissement des sujets ! En fait, les gens ont peur de parler de leurs problèmes. Avant, aux Etats-Unis, on vous parlait de l'affaire du "Watergate" qui impliquait le président Richard Nixon. En France, on parlait de l'affaire des diamants de Bokassa qui impliquait le président Giscard d'Estaing, de tous ces personnages qui allait à la chasse aux éléphants et qui piquaient du pognon aux noirs. Donc, dans les années précédentes, on mettait en doute les gens, qu'ils soient dirigeants ou autres. Maintenant, les gens ont peur. Ils n'osent plus parler de ça. C'est pour ça que je reste l'un des rares metteurs en scène qui parle des grands sujets.

Vous savez, même aux Etats-Unis, mes amis Tarentino et consorts préfèrent reprendre des films de Sergio Leone, des films de kung-fu, plutôt que de traiter des problèmes qu'il y a là-bas. On ne voit plus la misère... Les gens de la Nouvelle-Angleterre qui sont obligés de vendre leur maison ! Vous ne voyez pas beaucoup de films qui traitent des vrais problèmes des américains. Avant, si ! Il y avait Steinbeck, Hemingway !

En Espagne, c'est pareil ! Aujourd'hui, on parle un peu de l'andalousie, de la catalogne, de toutes ces régions qui veulent être indépendantes, mais pas beaucoup. Avant, il y a eu la guerre d'Espagne et on a fait plein de films là-dessus. Sur l'indépendance catalane, il n'y en a pas. On en parle à la télé, mais on n'ose pas aborder le sujet en profondeur.

Le problème des grands sujets, c'est qu'il faut qu'il y ait quelque chose de dramatique. Vous ne pouvez pas balancer un dossier sur un truc quelconque si vous ne l'enrobez pas d'un roman ! Une chose qui permet au spectateur, qui n'est pas spécialement intéressé par le thème, de continuer à suivre le film.

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Il faut qu'il y ait un intérêt, qu'il y ait la police, des histoires d'amour ou je ne sais quoi d'autre. Par exemple, si vous faites un film sur la sécurité sociale, vous ne pouvez pas montrer uniquement que des bureaux, des papiers, etc... Il faut enrober ça dans une histoire. Le problème, c'est que peu de gens font ça. Peu de gens prennent un sujet important et le novellisent. Et c'est ça qui manque dans notre métier !

Ca vient du fait qu'aujourd'hui, les jeunes sont plus matérialistes. Ils sont happés par la vie moderne. Ils veulent bien vivre, avoir de l'argent, des voitures, des piscines, des femmes, etc... Et pour avoir ça, ils ne veulent pas toucher à des sujets qui risquent de ne pas marcher et de faire moins d'argent que d'autres.

Et vous ? Vous n'avez peur de rien ?

Ben non, pour la bonne raison que je n'ai pas de besoins !

Prenons par exemple le type qui n'a pas de physique ! Pour avoir une femme, il faut qu'il ait de l'argent ! (Il sourit)... S'il n'a pas d'argent, il n'a pas de femme ! Un type qui a un physique normal, il peut avoir une femme sans avoir d'argent. Il ne va donc pas avoir la même démarche. Il ne va pas essayer de gagner de l'argent pour avoir une femme. Il va faire ce qu'il a envie de faire et il aura une femme quand même. S'il ne veut pas une Rolls-Royce, une Jaguar ou une Chrysler, il va prendre une 2CV et il sera content ! Donc, si l'artiste, en général, renonce à faire des films importants, qui traitent des véritables problèmes, c'est parce qu'il sait que ça ne va pas rapporter autant d'argent que des films comme "Camping" ou des machins comme ça !

Quand on choisit un métier artistique, c'est justement pour ne pas être industriel ! Mais certains artistes veulent à la fois faire du cinéma et gagner de l'argent, ce qui est incompatible ! Pourquoi ? Parce qu'ils ne peuvent pas choisir leur sujet par rapport à l'argent ! Ils ne peuvent pas trier, s'auto-censurer. Mais la plupart des metteurs en scène s'auto-censurent ! Ils se disent "Ca, je ne peux pas le faire parce que ça ne va pas plaire aux arabes, ou au juifs, ou aux catholiques...". Alors qu'il faut faire le film qu'on veut faire, quel que soit le résultat !

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Vous avez croisé tous les plus grands noms du métier. Quel est celui qui vous a le plus impressionné ?

Il y en a eu beaucoup...Michel Simon, Bourvil, Michel Serrault, Philippe Noiret, Catherine Deneuve... Parce c'était des gens qui, quoique faisant des films commerciaux, avaient envie en même temps de faire autre chose. Durant leur carrière, ils ont mélangé le commercial et l'artistique. Ca leur a permis de devenir de grands acteurs parce qu'ils ont touché à tout. Prenez Bourvil par exemple... Entre "Un drôle de paroissien" et "La grande vadrouille", ce ne sont pas les mêmes films...

Aujourd'hui, beaucoup de jeunes artistes choisissent la facilité. Je pense à Jean Dujardin, Jean Reno, etc... Je connais ces types là ! Ils sont scotchés à un certain cinéma.

  Vous parliez du physique tout à l'heure. En parlant de Jean Dujardin, vous avez récemment déclaré qu'avec son physique banal, toute star qu'il est, si vous le croisiez dans un bar, vous auriez envie de lui commander un café...

Mais parce qu'il ressemble à un garçon de café ! Attention ! J'aime bien les garçons de café ! Les gens croient que, parce que je traite Dujardin de garçon de café, je méprise les garçons de café. Pas du tout ! J'ai beaucoup de copains qui font ce métier. Mais le problème du garçon de café, c'est que c'est un garçon affable, etc... Et moi, je compare Dujardin à Maurice Chevalier : ce dernier avait trouvé quelque chose... Il avait ce côté parigot, il chantait et c'était une icône. Alors que l'autre... (Il grimace)... Ils ne sont pas pareils ! Dujardin a le physique de Chevalier, c'est à dire le français moyen, mais il a peur de se singulariser. Par exemple, de jouer un bossu. Vous voyez ce que je veux dire ?

Prenez Gérard Depardieu ! Il a joué un bossu dans "Jean de Florette"  ! Alors que Dujardin, il fait toujours pareil ! Alors bien que j'ai rien contre lui, je le cite. Et il y a pas mal d'acteurs comme lui ! Ca, ca ne me plait pas ! Pour moi, un acteur est quelqu'un qui change.

Vous avez tourné avec les plus belles femmes...

Ah ça oui ! J'en ai tourné des femmes ! (Il sourit)

Je ne parle que de tournages... (Je ris)

Ah vous savez, les femmes sont des personnages très curieux...

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Il faut les connaître. Il y a des gens qui ne les connaissent pas. Moi, si ! J'en ai connu beaucoup quand j'étais jeune et ça m'a permis d'assister à leur changement. J'ai connu celles du film "Les dragueurs", c'est-à-dire les petites jeunes filles charmantes. Et j'ai aussi connu les femmes d'affaires, les PDG, totalement différentes, qui étaient des femmes au niveau du physique, mais des hommes au niveau du caractère. J'ai donc connu les femmes sous toutes leurs formes : les coquettes, les femmes d'affaires, les intellectuelles, les lesbiennes, etc..., ce qui fait que je les connais plus, peut-être, que quelqu'un d'autre.

Mais vous, vous avez vécu une période dorée, lorsque vous étiez une star en Italie...

Oui. Et là, j'ai connu beaucoup de femmes, et surtout des grandes stars ! Mais vivre avec une star (j'ai vécu au moins avec cinq d'entre elles), je vous assure que ce n'est pas une affaire ! Elles se considèrent comme un trésor vivant ! Elles font donc très attention à elles, elles ne veulent pas vieillir, elles ne veulent pas se fatiguer et elles veulent rester brillantes pour leur métier. Elles ne mangent donc pas car elles ont peur de grossir, elles se font des salades, des trucs comme ça... C'est terrible de vivre avec quelqu'un qui se regarde tout le temps dans la glace ! C'est très astreignant. Alors oui, vous vous promenez avec une très belle femme, mais en même temps, vous avez une vie impossible ! Moi, j'ai vécu avec un des plus grands modèles de haute couture qui existait à l'époque, et bien je vous assure que ce n'était pas gai ! Elle se couchait à 21 heures, elle ne voulait pas manger, en dehors du fait qu'elle ne voulait pas avoir de rapports physiques...

Ah bon ? (Je souris)

Elle avait peur. Peur d'avoir les yeux cernés ! En fait, de se détériorer ! C'était très dur de vivre avec ce type de femme. C'est pour ça que je ne vis plus avec elles et que je suis resté célibataire ! Je n'en pouvais plus. C'était très dur.

Vous êtes reconnu comme étant un insoumis. D'où vous vient cette force de caractère ?

L'insoumission est très souvent liée au fait que vous n'avez pas de besoins. Un type qui n'a pas de besoins se fout de tout le monde ! Comme il n'a pas besoin des gens, il fait ce qu'il veut ! Il est libre. On voit souvent ça chez les enfants. J'aime les autodidactes ! Pourquoi ? Parce que ce sont des enfants qui, finalement, font ce qu'ils veulent. Je connais, par exemple, deux jeunes de 15 ans qui sont devenus milliardaires en faisant des blue jeans avec des petites perles !

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C'est super d'avoir eu cette idée là !

Faire Sciences Po, HEC, Polytechnique, c'est pas mal, mais ça vous conduit dans des carrières structurées. Vous allez devenir PDG de Shell, Esso ou Total, mais votre vie ne va pas être intéressante. Vous allez avoir une très belle situation, parce qu'on recherche des gens qui ont fait les grandes écoles, mais après, regardez ce que ça donne : Hollande, madame Machin, etc... Tous ces gens qu'on a aujourd'hui, qui sortent de Sciences Po et qui ont une vie, finalement, assez sinistre.

Ce qui n'est pas le cas des autodidactes. Par exemple, à Paris, on a un problème de parking à l'aéroport de Roissy. Laisser son véhicule garé là-bas coûte très cher. Deux jeunes de province qui n'avaient pas un rond ont eu l'idée d'acheter un terrain de merde situé à coté et, dessus, ils ont construit un hangar. Désormais, quand un mec arrive à Roissy, ils lui disent "Vous partez pour 3 jours ? On vous prend la voiture, on l'entrepose, et quand vous revenez, on vous la ramène. Le tout pour 30 euros !" Alors que normalement, ça coûte 30 euros, mais par jour !! Et moi, je suis séduit par ces jeunes ! Au lieu d'être au chômage ou de vendre de la drogue, ils ont trouvé cette idée toute simple qui résoud un problème.

Je connais aussi le cas d'une jeune fille qui, au lieu de tout bonnement se faire baiser par un mec, a été sérieuse et a monté sa petite entreprise. Elle organise des enterrements de vie de jeune fille ou de garçon. Elle s'occupe donc de la fête avant le mariage. Et elle gagne très bien sa vie !

Justement, en parlant de jeune... Que dois faire un jeune acteur, qui désire tourner dans un de vos films, pour vous séduire ?

(Il réfléchit)... Ne pas ressembler à quelqu'un d'autre. Actuellement, il y en a un qui veut tourner avec moi. Il s'appelle Kev Adams. C'est un gars de la banlieue. Il est gentil comme tout. Il est actuellement l'idole des jeunes de banlieue parce qu'il les représentent physiquement. Celui-là, il ne faut pas qu'il y ait un autre jeune qui fasse comme lui !

La plupart des jeunes qui arrivent n'ont pas de personnalité. Et c'est encore plus valable pour les filles ! Elles n'arrivent pas à se créer des têtes de vedettes. Parce qu'une vedette, ça se crée !

 

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Prenez Brigitte Bardot ! J'ai travaillé avec elle, quand elle avait 17 ans. Elle était tout à fait quelconque ! Vous l'auriez vue à cet âge... C'était une petite brunette comme il y en avait des dizaines, ces centaines, à la sortie des lycées ! Elle n'avait aucune personnalité ! Il a fallu que Roger Vadim la crée entièrement, qu'il la blondisse et l'habille d'une certaine manière ! Aujourd'hui, ça n'existe plus.

Moi, j'ai un jeune acteur que j'aime beaucoup et que j'ai plus ou moins découvert, qui s'appelle Gaspard Ulliel. Il a joué le rôle principal de "Saint Laurent". C'est un type qui a une race, qui a quelque chose. Lui, si je l'avais rencontré avant qu'il ne soit véritablement connu, et bien je l'aurais pris.

Vous savez, un jour, lors d'un casting, j'ai vu rentrer Kristin Scott Thomas dans mon bureau. Elle est devenue depuis une grande star. Elle a lu le texte que je lui avais donné d'une manière tellement extraordinaire que je n'avais pas besoin de lui donner d'indications. A chaque fois qu'elle disait une phrase, je me disais : "C'est exactement ça !". Je l'ai donc engagée !

Je peux également engager des gens complètement inconnus, mais il faut qu'ils se présentent à moi sous leur bon côté, et non pas en imitant un autre acteur ou une autre actrice.

Il y a un autre problème qui se pose aujourd'hui. Les jeunes ne sont plus dirigés car ils n'ont plus de professeurs ! Moi, j'ai eu Louis Jouvet ! Maintenant, ils ont des cons ! Il n'y a plus de professeurs, donc, il n'y a plus d'élèves ! Quand on était au Conservatoire avec Jean-Paul Belmondo, nous n'avions que des grands professeurs qui nous ont appris à jouer !

Vous avez eu une chance phénomènale...

Ah, c'était une bonne période !

A cette époque, vous avez même travaillé en tant que chauffeur de taxi...

Oui, mais ça, c'est à la portée de tout le monde !

 

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Peut être, mais c'est comme ça que vous avez rencontré Pierre Fresnay...

Tout à fait par hasard.

Vous croyez au destin ?

Oui. Mais il faut quelquefois le provoquer et ne pas se tromper.

Exemple : l'autre jour, il y a une actrice qui arrive chez moi. Elle ressemblait à Ingrid Bergman. Quand je lui en ai fait la remarque, elle ne savait pas qui c'était !! C'est exactement comme un peintre qui ne connaîtrait pas Renoir ou un musicien qui ne saurait pas qui est Mozart ! Nous, à notre époque, on savait ! Quand j'allais voir Jean-Louis Barrault, je savais ce que je devais faire, je savais qu'il cherchait tel ou tel personnage et je m'habillais comme il fallait !

Aujourd'hui, les jeunes croient que, parce qu'ils sont beaux, cela suffit. Ils ont tort ! Il y a toute une préparation intellectuelle à faire pour obtenir un rôle. C'est très difficile de faire du cinéma ! 

Vous parliez, juste avant, de vous habiller. Je crois savoir qu'une fois, vous ne l'étiez pas du tout...

(Il cherche)...

Dans un Laurel et Hardy...

Ah oui !!! C'est vrai. Ils étaient gentils tous les deux... surtout Laurel.

Pourquoi Laurel ?

Parce qu'Hardy, c'était un con. Un gros con !

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Par contre, Laurel était un type très intelligent. Ils étaient en fin de carrière quand je les ai rencontrés. Les jeunes n'en voulaient plus et leurs films ne marchaient plus. Ils sont donc venus en France et on a tourné, avec Suzy Delair, "Atoll K" sur l'île du Levant, chez les nudistes.

Le film était très, très mauvais ! Et moi, j'étais nu dedans. Mais vous savez, Belmondo, Trintignant, Delon et moi, on s'est baladé à poil dans plein de films !

Ah bon ?

Et oui ! Moi, je suis nu dans "Il gèle en enfer", Delon est à poil dans "Traitement de choc", Belmondo est nu dans "A double tour"... Il n'y a rien de bien terrible à se balader à poil dans un film.

Au jour d'aujourd'hui, avez-vous des regrets au regard de votre carrière ?

(Il réfléchit)... Pour un gars comme moi, c'est de ne pas avoir fait de films très chers. Par exemple, j'avais des projets formidables qui ne se sont pas réalisés. J'avais, par exemple, un film du genre des "Enfants du paradis", qui se déroulait à Pigalle en 1945. Mais le projet était tellement cher que je n'ai pas pu le faire.

Il n'y a pas eu également un projet de film avec Marlon Brando, Orson Welles et Anthony Quinn ?

Tout à fait ! J'avais un contrat avec eux mais le film ne s'est pas fait parce que le producteur s'est tué dans un accident de voiture avant le début du tournage et celui qui l'a remplacé n'a plus voulu faire le film. Brando était furieux parce qu'il avait bloqué ses dates. Ca, c'est effectivement un regret pour moi.

Parlez moi de votre actualité...

Je viens de finir un film avec Jean-Marie Bigard, qui est un acteur qui ne fait pas beaucoup de cinéma et que j'aime beaucoup. Il y a aussi Bernard Menez, Henri Guybet et Richard Gotainer.

C'est un casting plutôt hétéroclite...

Oui. Ce sont des gens très différents. Et il y a aussi un nain !

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L'originalité du film, c'est que le rôle principal est tenu par un nain ! Il est très beau. C'est un beau nain. Il a un visage très beau et c'est un type qui joue très bien.

Quel conseil pourriez-vous donner à un jeune réalisateur qui veut se lancer ?

D'abord, aujourd'hui, la technique permet de faire des films pour pas cher. Il faut garder le souvenir de Jacques Tati, qui était mon maître, bien qu'il ait été un clown. En fait, il n'était pas du tout un homme de théâtre ni de cinéma. Au départ, c'était un clown. J'ai beaucoup travaillé avec lui.  Son exemple, c'est le fameux "Jour de fête", qui est un film qu'il a financé en vendant sa maison, avec l'accord de sa femme qui lui a dit "Vends la maison et fait le film !". Il l'a fait et il a gagné 17 milliards ! Pour vous dire que maintenant, c'est un rêve...

Malheureusement, il a gaspillé cet argent. Il n'a pas su gérer ça.

Vous croyez que ça peut encore se faire aujourd'hui ?

Gagner 17 milliards, ça, peut-être pas. Mais faire un film pour le prix d'une maison, oui. Il faut juste être gonflé.

Pour que Claude Lelouch fasse "Un homme et une femme", il a fallu qu'il vende tout ! C'est pour vous dire que si vous êtes sûr de votre coup...

Peut-on vraiment l'être ?

Ben si on regarde les deux films que je viens de vous citer... Quoique que pour le Tati, on était pas sûrs... Par contre, "Un homme et une femme" de Lelouch, je savais qu'il marcherait. Dès qu'il m'a raconté l'histoire, je lui ai dit "Ca va marcher !". Il a tout misé sur ça et il a gagné beaucoup d'argent !

Aujourd'hui, un jeune réalisateur, avec 30 000 euros, peut faire un film. Comment les trouver est une autre paire de manches, mais ce n'est pas inaccessible.

Il y a un jeune qui s'appelle Thomas Cailley, qui a réalisé "Les combattants". Ce film a été nominé je ne sais plus où mais lui et son équipe l'ont fait avec presque rien ! Et une des actrices, Adèle Haenel, a même reçu un César ! On peut donc trouver, parmi les aspirants comédiens, des gens très bien. Mais,évidemment, il faut aussi que le sujet soit intéressant. 

Et bien je vous remercie beaucoup de m'avoir reçu.

Mais je vous en prie.

Reportage photo réalisé par Erica Lavalle

Reportage photo réalisé par Erica Lavalle

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Commenter cet article

Patrick05 27/10/2015 20:33

Comme dit Fanfan, sans langue de bois c'est certain, en même temps c'est aussi "son permis de conduire", l'interview est vraiment sympa, malgré tout je n'arrive pas à être pro Mocky, j'ai du mal à suivre ses films...

Fanfan 24/10/2015 19:41

Toujours sans langue de bois ce Mr Mocky ! J'ai dévoré votre interview qui m'a régalé. Merci et continuez s'il vous plait. Je suis devenu un fidèle de votre site

Palilia 24/10/2015 16:10

hé bien, je ne m'attendais pas à ça, bavard et intéressant. Je ne sais pas pourquoi je pensais qu'il était un peu acariâtre, encore une connerie des gens de télé. Merci à toi pour cette interview et merci à lui pour avoir dit autant de choses intéressantes