EN LIVE AVEC LES STARS !

Publié le par corsu61

Cette catégorie vous permet de découvrir les stars sous leur vrai jour, et non celui qu'elles veulent bien montrer par l'intermédiaire de leur agent, leur attaché de presse, ou leur prestation dans une émission de télévision.

Pour cela, profitant de mon expérience de plusieurs années dans le domaine de l'interview, je vous propose le récapitulatif des rencontres que j'ai pu avoir avec vos acteurs ou actrices préférés, et je vous joins les interviews correspondantes.

Tout vous est relaté, sans fard ni dissimulation, et sans aucune langue de bois. Vous allez découvrir que certaines stars sont loin de l'image que l'on veut donner d'elles, que ce soit en bien ou en mal.

N'hésitez pas à me laisser vos commentaires pour me relater vos impressions.... Alors, bon voyage de l'autre côté du miroir...

Aujourd'hui :

EN LIVE AVEC LES STARS !

22 janvier 2016. Le comédien (et metteur en scène) est présent sur le site du superbe Centre culturel de Biguglia afin d'y interpréter la pièce "On ne se mentira jamais".

Rendez-vous est pris dans l'enceinte de l'établissement vers 19h00. Lorsque Jean-Luc Moreau arrive, il se montre d'emblée courtois et souriant. Seul petit bémol à l'ensemble : j'ai prévu un entretien qui doit durer entre 20 et 30 minutes et l'encadrement du comédien ne m'en donne que 11 !

Nous nous installons donc promptement sur un canapé confortable et débutons l'entretien. Je dois vous avouer avoir rarement rencontré une personne aussi simple, accessible et dénué de fatuité. Il est d'une gentillesse et d'une disponibilité rare, bourré d'humour et totalement décontracté. N'éludant aucune question et répondant toujours avec une totale sincérité, Jean-Luc Moreau est un artiste indéniablement charismatique. Cet entretien a été, pour moi, un pur moment de plaisir.

Je vous laisse le découvrir ci-dessous...

Bonjour et merci de me recevoir...

Mais je vous en prie.

 

EN LIVE AVEC LES STARS !

On vous définit comme le metteur en scène le plus prolifique du théâtre français...

Effectivement, si on regarde le travail effectué sur les 30 dernières années, et si on compare avec les autres metteurs en scène encore en vie, il est exact que c'est moi qui ai le plus travaillé. Mais ce n'est rien d'autre qu'une statistique. C'est peu informatif de ce que je suis et de ce que je fais.

En fait, j'ai beaucoup travaillé parce que j'aime ça, et que je ne vois pas ce que je peux faire d'autre en attendant de mourir... (Il sourit)

Vous ne vous arrêtez jamais ?

Si,mais uniquement pour m'occuper de ma femme et de mes enfants. Mon épouse est très jeune. Je suis comme Charlie Chaplin ! (Il sourit)... Elle est belle et comme elle a 35 ans de moins que moi, il faut que je sois au rendez-vous ! (Il rit)... De plus, je suis un jeune père. Le plus bizarre dans ma vie, c'est que je n'ai jamais rien fait comme tout le monde ! Pour exemple : j'ai un fils qui a l'âge de ma femme, je ne suis pas grand-père alors que je pourrais l'être, je suis un jeune père alors que je devrais être à la retraite, je travaille de plus en plus alors que ça devrait être l'inverse... Bref, je fais tout à l'envers ! (Il sourit).

Je ne vous l'ai pas précisé, mais j'ai 8 enfants ! Ceci dit, cela veut dire que j'ai eu 8 rapports sexuels dans ma vie, ce qui finalement n'est pas énorme...

(Je ris)

Mais c'est vrai !

Mais bien sûr, je vous crois ! (Je ris de plus belle).

Je voudrais savoir maintenant comment le comédien Moreau qualifierait le metteur en scène Moreau ?

Ca dépend des productions. Il y en a pour lesquelles je me sifflerais et d'autres pour lesquelles je dirais qu'il a été créatif et a apporté quelque chose à l'auteur qu'il a essayé de mettre en scène. Je suis très modeste sur l'importance des acteurs et des metteurs en scène ! Je crois que la chose la plus importante est le texte. Donc, quand j'ai monté des bons textes, les spectacles l'étaient aussi, et quand j'ai monté des textes plus discutables, les spectacles étaient plus médiocres.

Si on veut être totalement objectif sur les carrières que nous menons, on s'aperçoit qu'on a, quelquefois, fait des choix artistiques, et qu'à d'autres moments on a été des mercenaires. Quand je regarde certaines choses que j'ai faites dans ma carrière, je me dis que j'aurais peut-être pu les éviter. Mais en fait non ! J'avais des enfants à nourrir et il fallait travailler pour gagner sa vie.

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On sait très peu de choses sur votre enfance...

(Il réfléchit)... Je peux en parler mais je préfère plutôt évoquer ce que je peux faire demain. C'est pour cela que je n'en parle pas trop. Mais si je devais la qualifier, je dirais que j'ai adoré des parents trop absents. Notamment mon père, qui était médecin militaire. Il était très beau, avait beaucoup de maîtresses et n'était jamais à la maison. Mes parents, ne s'entendant pas trop bien, m'ont mis en pension assez tôt. Attention ! Je n'étais pas en Syrie ! Il y a d'autres réalités ! Cependant, chaque histoire a ses douleurs et, pour moi, c'est un épisode qui a été assez douloureux. Je regrette de n'avoir pas connu les moments extraordinaires que je vis actuellement avec mes propres enfants.

En 1983, vous avez tourné une mini-série qui a cartonné à la télévision : "Merci Sylvestre". Pourquoi avoir arrêté en plein succès ?

Parce que cela faisait l'apologie d'un mec qui était au chômage et qui se démerdait ! A partir du moment où la gauche est arrivée au pouvoir, les responsables ont trouvé qu'il fallait mettre de l'ordre. L'Etat allait s'occuper des chômeurs et trouver des solutions ! L'image parfaite n'était donc pas de parler d'un personnage qui sortait du chômage en se démerdant tout seul...

C'était donc une décision purement politique ?

Oui. Complètement ! Incroyable non ? Aujourd'hui, on pourrait rediffuser cette série ! Je crois qu'elle intéresserait beaucoup de gens... (Il sourit)

Quand je cite le nom de Jean-Luc Moreau autour de moi (et je ne parle bien évidemment pas des passionnés de théâtre), la réaction du grand public est quasi-unanime : "Ah oui ! C'est le juré dans l'émission "On ne demande qu'à en rire !" sur France 2... Quelles circonstances vous ont amené à participer à cette émission ?

Je suis très ami avec Laurent Ruquier. De plus, Catherine Barma, productrice de l'émission, était petite fille quand je tournais "Les rois maudits", réalisés par un metteur en scène génial : Claude Barma, son père ! Je connais donc bien Ruquier et Barma. Pour son émission, Laurent avait besoin de quelqu'un qui ait, professionnellement, un jugement incontesté et incontestable. Alors, bien que je ne me sois jamais présenté comme ça, je me suis retrouvé le juge de paix. J'avais une image crédible pour critiquer les sketchs présentés par les artistes...

En tant que metteur en scène, avez-vous déjà rencontré de grosses difficultés avec un ou une comédienne que vous dirigiez ? Je vous avoue cependant que je triche un peu avec cette question car je sais que vous en avez déjà eu, notamment avec Bernard Tapie...

Je suis en très bons termes avec Bernard Tapie. Cependant, on ne peut qu'avoir des conflits avec lui. Il aime et  se nourrit de ça ! Il est tout le temps en conflit, que ce soit au niveau politique, banquaire etc... Il aime les procès comme le chat aime la crême !

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Bernard Tapie a une chose et je m'en suis rendu compte il n'y a pas longtemps : si on l'écoute très attentivement, il y a toujours un moment où il dit quelque chose qui n'est pas juste, qui ne va pas dans le raisonnement. Par contre, si vous n'êtes pas assez attentif, il vous vend le cheval, le dentifrice et la brosse à dent qui va avec !!! Il est très fort !

Franchement, c'est quelqu'un que j'aime beaucoup. Mais il est vrai que dans le boulot... (Il fait la moue)...Par exemple : Je lui ai proposé un personnage à jouer dans une pièce qui s'appelait "Un beau salaud". Son personnage était un looser ! Il m'a dit : "Jouer un looser, c'est génial !". Et puis, au fur et à mesure qu'on répétait, il bougeait le texte, le transformait, et à la fin, son personnage était un winner !

(Je ris)

Mais c'est vrai !

Comment gérez-vous ce genre de situation ?

Pour ça, je suis une éponge. C'est à dire que je suis un peu inoxydable. Mais je vous avouerai qu'il y a des moments où je suis un peu sous tension...

Si je devais écrire des petits billets d'humeur sur les gens que j'ai rencontrés (il lève les yeux au ciel)... Mais concernant Bernard Tapie, j'ai 50 anecdotes dans lesquelles il est incroyable !

Vous êtes toujours fâché avec Alain Delon ?

(La réponse fuse) Non, plus du tout ! Je viens justement de monter une pièce qui se joue depuis 4 jours au théâtre Rive Gauche et qui s'appelle "Libres sont les papillons", avec sa fille Anouchka. Alain était présent le soir de la première et il a été le premier à se lever et à faire une ovation. Ca a été un moment formidable. Il est  ensuite venu vers moi, m'a regardé et m'a dit : "C'est ton chef d'oeuvre !". J'en ai donc conclu que tout allait bien.

En réalité, cette fâcherie part d'une histoire idiote. En ce qui me concerne, je n'ai jamais été en conflit avec lui. Quand nous avons travaillé ensemble, nous nous sommes merveilleusement entendus. Il se trouve simplement que, quand j'ai écrit mon livre "J'y étais !", j'ai écrit des choses sur lui qui étaient très gentilles, mais un journaliste du "Parisien" a manipulé les choses. Et ce qui en ressortait n'était pas très sympa pour Alain. C'était vraiment une manipulation de mots !

 

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Suite à cela, il a voulu que je demande au journaliste de faire amende honorable et de réécrire les choses. Je lui ai alors dit qu'étant un personnage public, je n'irai jamais contre ce qu'on écrit sur moi, que ce soit en bien ou en mal. Sinon, on n'en finit pas ! Il y aura toujours un mec qui racontera des saloperies sur vous ! C'est sûr ! Il y aura toujours un mec, ou une nana, qui déformera les choses !

Il y a quinze jours, j'ai été interviewé 1h30 par une journaliste qui a fini par sortir un article disant : "Jean-Luc Moreau a dit qu'il aimait ça !..." Point. (Il me regarde effaré)... Alors vous imaginez bien que si on commence à rentrer en guerre, on n'en sort pas.

Etant un boulimique de travail, je voudrais savoir, au jour d'aujourd'hui, après quoi vous courrez....

(Il réfléchit)... En ce moment, j'ai plein de pièces de théâtre, contemporaines, que j'ai envie de monter parce que je pense que la responsabilité d'un metteur en scène est de monter des pièces d'auteurs contemporains. Pas du Molière, mais des auteurs vivants qui racontent des histoires de notre temps.

Ma femme lisant beaucoup, je suis également sur trois pièces américaines qui sont géniales, plutôt dramatiques et que j'ai très envie de monter.

J'aimerais aussi re-monter la comédie musicale que j'ai faite cet hiver aux "Folies Bergères", qui s'appelle "Gospel sur la colline". Il y avait 50 "blacks" sur scène, des musiciens en direct, etc... 70 personnes à gérer ! Financièrement, on a besoin d'argent, alors je voudrais la re-monter.

Et pour finir, je vais monter une autre comédie musicale qui s'appelle "Othello" !

 Je vois que vous n'allez pas prendre des vacances de sitôt ! Si je veux respecter le temps qui m'est imparti, je dois clore cette interview. En tout cas, merci de m'avoir reçu si gentiment... (Je me reprends car je me souviens d'une anecdote dont je veux absolument lui parler)... Tant pis, je me ferai disputer mais il faut que je sache : il paraît que vous avez pissé sur un critique ??

(Il sourit)... Oui, c'est authentique ! Sur Jean-Jacques Gautier ! Mais il faut savoir que j'étais, à l'époque, totalement innocent ! Enfin, quand je dis innocent... Je vous explique : j'avais 24 ans, j'étais à la Comédie Française et je jouais dans deux spectacles : "Les fausses confidences", mis en scène par Jean Piat et  "Les précieuses ridicules" mis en scène par Jean-Louis Tamin.

Dans un article du "Figaro" (et à l'époque, c'était une référence)... (Il imite Jean D'ormesson) "Le Figarooo"..., je découvre que Gautier encense Jean Piat pendant 40 lignes et qu'il écrit : "En seconde partie, les précieuses ridicules !" Point ! Rien d'autre ! Il ne nomme personne, ne dit pas si c'est bien ou si c'est mal... Il n'en avait rien à branler !!! J'était horrifié.

Il se trouve que six mois après cet évènement, je quitte la Comédie Française et, un soir de générale, on se retrouve côte à côte dans les urinoirs. Je me suis alors tourné vers lui et je lui ai pissé dessus (Il refait le geste)... Et ça m'a fait un bien fou ! (Nous rions)... Rétrospectivement, ce n'est pas bien et j'ai eu tort, mais bon... (Il rit)...

Cette fois, je me dois de finir l'interview et je vous remercie encore beaucoup de m'avoir reçu.

C'était un plaisir.

Reportage photo réalisé par Candice Obron-Vattaire

Reportage photo réalisé par Candice Obron-Vattaire

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Commenter cet article

sylvie 31/01/2016 17:42

Bel entretien avec un acteur qui a beaucoup d'humour.

pattie 31/01/2016 00:04

Toujours un plaisir que de lire vos interviews

corsu61 31/01/2016 09:45

Merci beaucoup

corinne 29/01/2016 13:52

Interview très agréable et très intéressante !

Hélène 29/01/2016 13:44

Superbe interview comme d'habitude !

palilia 29/01/2016 13:44

Merci Sylvestre ! J'ai adoré ce feuilleton et savoir pourquoi il s'est arrêté m'espante. J'aime beaucoup Jean-Luc Moreau que je revois avec plaisir dans les rois maudits. Beau foulard M. Moreau. Je le guigne depuis que Max a mis la photo de l'interview sur Facebook.amitiés