EN LIVE AVEC LES STARS !

Publié le par corsu61

EN LIVE AVEC LES STARS !

13 mai 2016. Le comédien est présent au théâtre municipal de Bastia pour y interpréter la pièce "La mère".

Rendez-vous est pris à 18h30. Eric Caravaca se présente à l'heure et se montre d'emblée aimable et disponible. Réservé, il s'exprime d'une voix posée et très calme.

Les loges étant occupées, je lui propose de faire l'interview dans les locaux de l'ancienne bibliothèque, ce qu'il accepte spontanément. Le lieu lui plaisant beaucoup, il me demandera par la suite de faire la photo traditionnelle debout, sur l'escalier en colimaçon menant à l'étage.

Je vous laisse découvrir notre entretien...

Eric Caravaca, bonjour.

Bonjour.

Qu'est-ce qui vous a poussé à faire ce métier ?

Ouh là... (il réfléchit longuement)... Tout d'abord le hasard, parce qu'au départ, je me destinais à des études de médecine. Ensuite, j'ai découvert que cela avait un rapport avec les morts.

Les morts ??

C'est à dire que, bien souvent, le théâtre nous permet de retranscrire des textes d'auteurs morts. On essaie  de retrouver l'état dans lequel ils étaient quand ils écrivaient. On lit donc beaucoup leurs oeuvres. Finalement, on passe notre vie avec des morts, tout en essayant de retranscrire un peu de leur âme.

Au début, quand on est jeune, on fait peut-être aussi ce métier pour de mauvaises raisons : la gloire, la célébrité. Mais c'est peut-être aussi normal parce que les jeunes...

(Je le coupe) Ne parlons pas des jeunes de maintenant. Ce qui m'intéresse, c'est vous.

Ok. Alors ce qui, personnellement, m'a intéressé, c'est le verbe. L'histoire des morts, je ne m'en suis rendu compte que plus tard.

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J'étais plutôt porté sur des études scientifiques, mais avec le verbe, on découvre la vie. Grâce à lui, on drague les premières femmes...

Ce n'est pas plus facile quand on est un scientifique ? (Je souris)

 (Il rit) Non ! Il vaut mieux avoir le verbe ! Savoir parler, avoir la gouaille, savoir utiliser les mots, c'est ça qui m'a fait m'approcher du théâtre.

Dans le métier, vous êtes une personne très discrète. Etes-vous identique dans la vie ?

(Il réfléchit)... Ca dépend... Dans la vie, j'aime bien rigoler et faire rire. Néanmoins, les rôles qu'on me distribue, notamment au cinéma, sont assez austères.

Quand j'étais au Conservatoire, tout le monde disait : "Caravaca ? C'est une nature comique !", alors j'ai joué beaucoup de Feydeau. Mais quand le cinéma m'a rattrapé, avec François Dupeyron dans "C'est quoi la vie ?", on m'a remarqué dans un rôle très sombre. Les gens m'ont donc associé à ça.

Vous estimez que ce rôle vous a, quelque part, catalogué ?

Oui, peut-être un peu. Mais pour en revenir à votre question, je suis discret parce que je n'ai jamais fait de film grand public. De plus, ce n'est pas ce qui me plait dans ce métier. Moi, je viens du théâtre, et quand on vient de là, l'approche est différente.

Le métier d'acteur de cinéma ne s'apprend pas. Prenons l'exemple de Béatrice Dalle : elle est formidable. Au cinéma, tout dépend de la façon dont vous passez à l'image. Et ça, ça ne s'apprend pas.  Par contre, comédien de théâtre, ça s'apprend ! Et puis sur les planches, c'est priorité à l'auteur. Les gens viennent d'abord l'écouter. Un quidam qui va au théâtre, il vient écouter du Brecht, du Shakespeare, du Molière. De temps en temps, mais rarement, il se déplace pour les acteurs.

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Je note que vous ne me parlez que de théâtre classique...

Evidemment, il y a aussi Edward Bond, Lars Noren, Jon Fosse, Sarah Kane... Il y a plein d'auteurs contemporains que j'aime bien !

Vous semblez écarter le vaudeville. Croyez-vous que les gens ne se déplacent que pour écouter des textes profonds ?

(Il réfléchit). Peut-être pas, vous avez raison. Mais le vaudeville ne marche que s'il est très bien écrit. C'est comme une partition de musique. Je suis convaincu que dans un vaudeville, n'importe quel acteur peut sortir son épingle du jeu, à partir du moment où il respecte les temps, comme les croches ou les doubles croches... C'est vraiment de la musique. Par exemple, s'il répond à une réplique une demie seconde trop tard, il n'obtiendra pas le même effet ni les mêmes rires.

Au théâtre, ce qui fait rire le public, c'est le texte, pas les acteurs !

Vous avez fréquenté l'Actor Studio. Puis, dans la foulée, vous avez refusé d'entrer à la Comédie Française. C'est un parcours pour le moins atypique...

Oui. Vous savez, je viens de tourner un film avec une actrice dont le copain vient d'intégrer la Comédie Française. Et tout le monde était ravi de la nouvelle. Moi, à mon époque, quand on nous demandait de rentrer dans cette institution, on était un peu embêté...

Pourquoi ? A cause de son côté pompeux ?

Non. Parce qu'à l'époque, c'était plus rigide. Quand on y rentrait, on n'avait pas le droit de travailler pour le cinéma, ni de travailler intra-muros. On était en quelque sorte menottés. Aujourd'hui, je pense que c'est plus souple. On peut très bien rentrer au Conservatoire et faire un film à côté.

Et vos souvenirs de l'Actor Studio ?

(Il réfléchit)... C'était bien, mais ce n'était pas le meilleur cours qui existait à l'époque. En 1994, il y avait, à New-York, d'autres cours plus prestigieux. Cependant, cela m'a permis de découvrir d'autres horizons.

Par exemple, j'ai également travaillé en Allemagne, à l'Académie d'Arts dramatiques Erst Busch. Il y avait des cours de mime, de mise en scène, de marionnettes. Tout cela se mélangeait et je trouvais ça très bien. Il faut aller voir d'autres chapelles, d'autres maisons. Je trouve que ça fait du bien.

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Revenons au cinéma. Quel est, pour vous, votre film le plus abouti ?

(Il réfléchit longuement). Je ne sais pas. Celui dont beaucoup de gens me parlent, c'est "La chambre des officiers", mais je dirais pas ça. Pour moi, ce serait plutôt "C'est quoi la vie ?" ou "Son frère" de Patrice Chéreau. D'ailleurs, pour ce film, nous avions obtenu un Ours D'argent à Berlin.

En 2000, vous avez reçu le César du "Meilleur espoir masculin". Cela vous a-t-il ouvert des portes ?

Non. Et à l'époque, ça ne marchait pas comme ça. Vous savez, ça va vite ! En fait, j'ai presque été plus fier d'être nominé deux ans après, dans la catégorie "Meilleur acteur" pour "La chambre des officiers"...

Avoir un César peut, peut-être, apporter quelque chose pendant quelques mois, mais pas plus. L'année d'après, vous êtes déjà oublié. En fait, il faut compter sur soi, pas sur les César ni sur n'importe quel prix en général. Evidemment, ils font plaisir mais il faut savoir les recevoir et continuer son chemin.

Ce qui est important, c'est d'avoir une communauté fraternelle de gens avec lesquels on aime travailler. Je pense qu'aujourd'hui, un acteur ne doit pas dépendre du désir des autres. Il faut être autonome, mais ce n'est pas facile. Certains acteurs vont vous dire : "Moi, je ne suis qu'acteur, interprète". J'imagine que pour eux, c'est un peu plus compliqué. On peut dépendre du désir des autres quand on a vingt ans, trente ans... après, c'est plus difficile.

Ce métier est très différent des autres. Par exemple, ce n'est pas comme si on travaillait dans une banque, au sein de laquelle on peut grimper les échelons. Nous, on grimpe deux échelons, puis on redescend à zéro. Et il faut recommencer. Vous en grimperez peut-être 4 après, mais vous redescendrez toujours à zéro à chaque projet.

J'ai un petit garçon de 7 ans et demi. Je ne lui conseillerais pas, et je n'aimerais pas, qu'il soit acteur ! D'ailleurs, je ne lui dis pas parce qu'il suffirait que je lui dise pour qu'il ait envie de le faire ! (il sourit)... Je voudrais surtout qu'il exerce un métier dans lequel il ne dépendrait pas du désir des autres. Moi, j'ai eu de la chance, et j'en ai encore... Cela fait 25 ans que je fais ce métier. Je ne suis plus tout jeune... (Il sourit).

C'est pour cela que vous vous êtes lancé dans la réalisation ?

Oui, probablement. C'est aussi parce que j'aime beaucoup la photographie, et que le cinéma, c'est un cadre ! De plus, j'aimais beaucoup faire travailler les autres acteurs quand j'étais au Conservatoire. Les diriger, ce n'est pas quelque chose dont j'ai peur. Je les connais bien, donc ils ne m'effraient pas.

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A ce jour, quelle est votre plus grande déception ?

(Il réfléchit très longuement)... Je ne vois pas... J'ai eu plus de déceptions amoureuses que de déceptions professionnelles ! (Nous rions).... (Il réfléchit de nouveau)... Ah si ! Pedro Almodovar devait faire un film et il était question que je joue dedans. Etant d'origine espagnole moi-même, cela m'intéressait beaucoup. Et puis le film ne s'est pas fait... Mais est-ce vraiment une déception ? (Il réfléchit)... C'était peut-être tout simplement le destin...

Et à titre personnel, quel acteur vous a le plus impressionné ?

Il y en a beaucoup. Daniel Day Lewis dans "There will be blood" ou dans "My left foot" est extraordinaire. Tim Roth, dans "War zone", est incroyable. Leonardo Di Caprio est superbe dans "Gilbert Grape". Edward Furlong est également magnifique dans "Little Odessa"... Mais pour revenir à des acteurs français, je pense à Philippe Clévenot. 

C'est amusant. En vous écoutant parler de ces acteurs, je ne perçois aucune once de jalousie...

On dit souvent qu'entre acteurs, il y a une sorte de compétition. En ce qui me concerne, je n'ai jamais ressenti ça. J'éprouve toujours une grande joie de voir évoluer un bon acteur.

Vous avez joué dans de multiples films. De quel rôle vous êtes vous senti le plus proche ?

(Il réfléchit très longuement)... Peut-être celui que j'ai joué dans "Le passager", film que j'ai également réalisé. Comme je l'avais également écrit... Mais au départ, ce n'est pas moi qui devait le jouer ! C'est un film qui a été sinistré.

Ah bon ?

Après 15 jours de tournage, l'acteur principal s'est cassé les deux talons. On a dû arrêter le film et, finalement, j'ai repris le rôle. Me retrouvant ainsi acteur et réalisateur, ce fut très difficile. Je ne le referai pas.

Quels sont vos projets ?

Je vais bientôt tourner un petit truc avec Cédric Klapisch et ensuite, je vais réaliser mon second film qui sera un documentaire d'une heure et demie, destiné au cinéma.

Peut-on en connaître la teneur ?

Cela parlera des secrets de famille. Ce sera une quasi enquête policière sur une histoire bien précise. Ce sera une réflexion sur les non-dits, le mécanisme de l'oubli, sur la censure et l'auto-censure. Les faits réels se sont passés au Maroc et en Algérie.

Sans acteurs ?

Sans acteurs. Uniquement une voix off et des images, mêlées à des documents d'archives, tournées aussi en Allemagne et en Italie.

Pour finir, j'ai la grande joie d'interpréter un rôle important dans le dernier film de Philippe Garrel. Tournage en juillet.

Et bien merci de m'avoir reçu avec autant de gentillesse.

Mais je vous en prie. Ce fut un plaisir.

Reportage photo réalisé par Candice Obron-Vattaire

Reportage photo réalisé par Candice Obron-Vattaire

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palilia 31/05/2016 15:42

Belle interview. Honnêtement les rares fois où je vais voir une pièce drôle c'est pour les acteurs plus que pour le texte. C'est difficile de faire rire