EN LIVE AVEC LES STARS !

Publié le par corsu61

Cette catégorie vous permet de découvrir les stars sous leur vrai jour, et non celui qu'elles veulent bien montrer par l'intermédiaire de leur agent, leur attaché de presse, ou leur prestation dans une émission de télévision.

Pour cela, profitant de mon expérience de plusieurs années dans le domaine de l'interview, je vous propose le récapitulatif des rencontres que j'ai pu avoir avec vos acteurs ou actrices préférées, et je vous joins les interviews correspondantes.

Tout vous est relaté, sans fard ni dissimulation, et sans aucune langue de bois. Vous allez découvrir que certaines stars sont loin de l'image que l'on veut donner d'elles, que ce soit en bien ou en mal.

N'hésitez pas à me laisser vos coms pour me relater vos impressions.... Alors, bon voyage de l'autre côté du miroir...

 

AUJOURD'HUI

EN LIVE AVEC LES STARS !

28 Janvier 2012. L'actrice est présente à Bastia pour y interpréter, avec son époux Frédéric Diefenthal, la pièce de théâtre "Kramer contre Kramer".

Rendez-vous est pris à 18h dans leur hôtel du centre-ville. Le couple se présente dans le petit salon réservé pour l'interview. Comprenant que je veux réaliser deux entretiens distincts, Gwendoline Hamon nous laisse seuls pendant la première heure.

L'interview de Frédéric Diefenthal terminée, je retrouve la comédienne qui attend patiemment son tour en passant quelques coups de téléphone.

Comment qualifier ma première impression sans être dithyrambique ? Difficile tant cette dernière est favorable. Tout d'abord, ce qui frappe chez Gwendoline Hamon, c'est sa simplicité. Pas de chichis ni de comportement de star. Elle est charmante, souriante, attentive, et d'un naturel indéniable. Hormis le fait qu'elle soit très jolie, elle est également posée, réfléchie et il émane d'elle une douceur et une énergie incroyable. Passionnée par son métier, elle en parle sans détours et sans aucun tabou. Son discours est loin d'être formaté et l'on sent bien qu'elle se sent étrangère aux strass et paillettes...

Mais je vous laisse la découvrir par vous-même en lisant l'interview ci-dessous... 

 

Gwendoline Hamon, Bonsoir.

 

Bonsoir

 

Désolé de vous avoir fait attendre...

 

Frédéric est très bavard ! (elle sourit)

 

C'est curieux parce que j'ai vu sur "Youtube" une interview de vous deux dans laquelle c'est plutôt vous qui parliez...

 

Nous sommes bavards tous les deux, mais pas forcément au même moment ! (Elle rit). Moi, je suis très extravertie, ce qui n'est pas le cas de Fred, mais on est aussi bavard l'un que l'autre. Vous imaginez l'enfant qu'on a ! (Elle rit)

 

Vous êtes la petite-fille du célèbre écrivain Jean Anouilh. Ce n'est pas un héritage trop lourd à porter ?

 

(Elle réfléchit)... Comment je peux vous expliquer ça ?... Ce n'est pas très lourd. J'en suis très fière, c'est ma famille. Je fais d'ailleurs ce métier en partie grâce à elle car j'ai baigné dans ce milieu. Mais effectivement, comme dans tous les métiers, ça laisse une trace... Quand j'étais jeune, en cours, les gens disaient "c'est la petite-fille d'Anouilh, donc elle travaillera !". Ce qui n'est pas vrai du tout. On disait également "Ça va lui faciliter la vie !". Or, ça m'a plutôt mis des bâtons dans les roues.

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Pourquoi ?

 

Parce que vous portez un poids qui n'est pas le vôtre. Il y a des gens qui n'aiment pas forcément mon grand-père, ou qui pensent des trucs qui sont faux. Alors quand on dit "C'est la petite-fille d'Anouilh, donc..."

 

Donc quoi ?

 

Jean Anouilh était un auteur dit "bourgeois". Parce qu'il était joué dans le privé, on le disait un auteur de droite...

Je réponds que mon grand-père n'a jamais voté de sa vie, c'était un anarchiste. Il y a beaucoup de choses qui sont inventées, des choses que les gens s'imaginent... Quand j'étais plus jeune, j'en souffrais, mais maintenant je m'en fous complètement !

 

Pourquoi ? Parce que votre carrière est faite ?

 

Non. Parce que j'ai grandi, j'ai mûri, j'ai pris le temps de comprendre que ce n'était pas très grave que certaines personnes ne vous apprécient pas forcément. Alors qu'avant, c'était très important pour moi. Je voulais être aimée à tout prix. Désormais, j'en ai pris mon fait. Ce sont mes racines, je viens de là. J'ai envie de défendre mon grand-père parce que je sais vraiment qui il est.

Prenez un exemple : si mon grand-père avait été une enflure, quelqu'un d'épouvantable... Ce ne serait pas ma faute ! Mais je porterais quand même ce truc là !... Il se trouve que (ce que j'ai connu de lui, parce j'avais 17 ans quand il est mort) c'était un type génial. C'est la femme qui dit ça, ce n'est pas la petite fille ! Et je suis très objective ! Je n'aime pas toute son oeuvre. Mais l'homme qu'il était, et je le découvre de plus en plus par des écrits et par des gens qui l'ont très bien connu, était un type libre ! Il n'y en a presque plus. Un homme qui dit ne pas vouloir rentrer à l'Académie Française et ne pas vouloir la Légion d'Honneur, aujourd'hui, il faut me le présenter ! Il n'y en a pas. Il peuvent tous se la péter comme ils veulent, il n'y en a pas ! Il a même refuser d'être joué à l'Odéon, qui est un grand théâtre subventionné à Paris ! Jean- Louis Barrault l'exhortait à venir, mais il ne voulait pas. Il considérait que, parce que l'Odéon était un théâtre subventionné par l'Etat, il devrait quelque chose à un gouvernement, quel qu'il soit. Et il s'y refusait parce qu'il disait : "Je suis un homme libre ! Je suis comme un artisan qui fabrique des chaises, sauf que moi, je fabrique des pièces de théâtre. Je ne veux pas recevoir d'honneurs, de prix, etc... J'accepte uniquement le prix du brigadier parce que c'est le prix du théâtre, le reste ne m'intéresse pas." A chaque fois, je lui disais "Mais pourquoi tu ne veux pas être académicien ?", et il me répondait "Oh non ma chérie... Me déguiser en clown tous les jeudis, ce n'est pas mon truc !". C'est un peu facile de dire ça. Je ne crache pas sur les académiciens, bien au contraire ! Ce sont des grands hommes qui font du bien à la France, mais je veux dire par là que je trouve ça très courageux d'avoir juste dit "Moi, je fais mon métier d'auteur, humblement, on aime mon théâtre ou on l'aime pas, mais je n'ai pas besoin d'honneurs, de rosette etc...". Alors qu'on les lui a proposés ! J'ai des lettres de Marcel Pagnol et de Marcel Achard qui lui disent "Jean, on t'attend à l'Académie !".

En vieillissant, je découvre de plus en plus qui il était, et cette liberté dont il avait besoin. Je trouve ça vraiment très honorifique. (Elle s'enflamme) Le courage du mec ! Aujourd'hui, tout le monde veut la Légion d'Honneur ! Les mecs courent pour avoir le machin du mérite, les palmes académiques, etc... Et quelque soit l'honneur d'ailleurs ! Il y a bien sûr des gens qui font des choses incroyables, mais mon grand-père disait qu'il n'en faisait pas. Qu'il faisait simplement des pièces de théâtre. Vous l'ignorez peut-être, mais il se trouve que c'était l'auteur le plus joué dans le monde, de son vivant !! Pour vous donner un ordre d'idée de son impact à l'époque : ma tante avait fait la couverture de "Paris Match" uniquement parce que c'était la fille d'Anouilh ! C'était une autre planète ! Aujourd'hui, cela ne pourrait plus se produire, les gens ne comprendraient pas... Et moi non plus d'ailleurs ! (Elle rit).

J'ai donc été élevée là-dedans. J'allais 3 fois par semaine au théâtre, en allant autant à la Comédie Française que dans les petits cafés-théâtres pourris dans lesquels on était 30 spectateurs...

Pour en revenir à votre question, non ce n'est pas lourd d'être la petite-fille d'un grand auteur (il ne manquerait plus que ça), mais oui, c'est "lourdaud" (le terme est un peu différent), d'entendre quand on est jeune "C'est la petite-fille d'Anouilh et patati et patata"... (Elle imite une personne qui minaude), parce que c'est réducteur et que ça vous colle une étiquette.

Mais ça, c'est très français ! Sur ce point, notre pays est hyper sclérosé. Pour ma part, je me sens beaucoup plus rock'n'roll qu'on ne croit. Je ne suis pas une poupée marquée "Petite-fille de...", et maintenant "femme de..." !

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On vous voit plus dans des téléfilms que sur grand écran. Est-ce un choix ?

 

Ce n'est pas du tout un choix ! Je suis pour tout, je n'ai aucun snobisme. Je trouve qu'il y a de plus en plus de choses géniales à la télé, mais évidemment que j'aimerais faire plus de cinéma ! Cela dépend d'un ensemble de choses comme les rencontres, les castings, etc... D'ailleurs, je n'accuse pas du tout ces derniers, mais les réalisateurs ne rencontrent plus les acteurs. Ça se fait maintenant par les directeurs de casting. D'abord, il faut avoir les rendez-vous, ensuite il faut passer des essais, et enfin, peut-être, on rencontrera le réalisateur... C'est compliqué.

 

Pourquoi n'avez-vous pas les rendez-vous ?

 

Mais je les ai !! Seulement, je ne les ai pas tous. Il y a donc plein de gens que je ne rencontre probablement pas.

 

A quoi est-ce dû ?

 

A plein de choses. D'abord, on est des milliards à vouloir être acteurs, alors ça devient compliqué. Ensuite, comme disait Fred tout à l'heure, ce métier est instable. Du jour au lendemain, il se passe quelque chose de magique et puis pendant 6 mois, il ne se passe plus rien ! Et on ne sait pas pourquoi. Ce qui est difficile, c'est qu'on dépend du désir de l'autre. C'est très déséquilibrant. Dans ce cas là, je pourrais jouer la comédie dans ma salle de bains, mais il n'y a qu'à moi que je ferais plaisir ! (elle sourit). Alors il faut arriver à faire des choses autour. Moi, j'écris... Je suis également en train de m'occuper, pour l'année prochaine, d'une mise en scène de théâtre... Bref, il faut faire des choses autour et ne pas attendre à côté du téléphone ! Je suis une active, j'ai besoin d'être dans l'action.

 

Décidément, entre Frédéric Diefenthal et vous...

 

Il y a une différence entre nous. Fred est hyperactif ! Moi, je suis active. Je ne peux pas ne pas travailler. Et pourtant, j'adore les vacances ! Mais je ne peux pas ne pas être en action. Ca m'angoisse, ça me sclérose.

Pour en revenir aux rencontres, j'ai eu la chance de rencontrer le réalisateur Jean-Luc Dardenne, dans un festival, et on a discuté 4 heures de suite. Nous nous sommes super bien entendus. Je travaillerai peut-être avec lui, mais peut-être jamais... On rencontre donc souvent les gens par le biais d'un rendez-vous de boulot. C'est votre agent qui entre en relation avec des directeurs de castings, qui, eux, décident de vous faire passer des essais (ou de vous faire rencontrer un réalisateur)... ou pas ! S'ils estiment que vous êtes le personnage, que vous êtes intéressante, que vous êtes bonne comédienne... ou pas ! Tout ça n'est qu'une histoire de goût. C'est très subjectif. De plus, il y a une grande variété chez les directeurs de castings. Il y a ceux qui travaillent avec des familles d'acteurs, d'autres qui sont très ouverts, d'autres que vous n'intéressez pas parce qu'ils vous ont vu cachetonner dans un téléfilm pourri...

Je ne fais aucune délation, mais tout le monde en a fait. J'ai vu Roschdy Zem dans "Navarro" ou un truc dans le genre, j'ai vu Guillaume Canet dans "Le juge est une femme"... Nous y sommes tous passés ! Comme on débutait, on a tous, à un moment ou à un autre, eu besoin de faire nos armes et de tout simplement travailler ! Un acteur qui ne travaille pas, c'est épouvantable. Quand j'y pense, cela me terrorise... 80 % des artistes sont au chômage !  Je ne peux pas vous quantifier le nombre de gens que je connais qui ne travaillent pas, qui pleurent pour faire une voix pub ou un cachet par çi  par là ! Les acteurs sont comme tout le monde, ils ont besoin de bouffer ! Il y a tellement d'acteurs qui ne font pas leur métier, qui n'ont pas cette chance là. Donc, moi, je ne me plains pas !

Alors oui... On ne choisit pas toujours, on ne fait pas toujours ce qu'on veut, et on se retrouve quelquefois dans des films plus ou moins bons, en campant des personnages très lourdauds et très mal écrits, avec des partenaires épouvantables. Et parfois, cela suffit pour être catalogué... On vous trouve trop vieille... trop jeune...pas assez de seins... pas assez sexy...trop jolie... pas assez jolie... C'est très subjectif. Et puis un jour, vous êtes dans le bon film qui cartonne, vous passez de ringarde à géniale et vous devenez quelqu'un de "bankable". Je déteste ce mot...

Je regrette l'époque, que je n'ai pas connue, pendant laquelle les premiers assistants faisaient passer les castings de leur réalisateur. Ils les connaissaient bien, ainsi que leur scénario, ils n'avaient pas de snobisme et ils prenaient un peu tout le monde.

J'ai lu récemment une interview très intéressante de l'actrice américaine Naomi Watts. Elle disait qu'elle avait passé 15 ans de galère à faire des téléfilms et des petits machins sans importance. Elle était malheureuse et se demandait si elle n'allait pas arrêter. Et puis un jour, le coup de bol ! Sa rencontre avec David Lynch... Le truc se fait et elle déclare que maintenant elle choisit ses rôles, qu'on lui propose 10 scénarios géniaux et qu'elle n'a plus qu'à en sélectionner un. Qu'elle a enfin le choix !

Rendez-vous compte...Quand elle a commencé à être connue du public, elle avait 33 ou 34 ans !

Elle disait se souvenir de ces moments de castings pendant lesquels on la regardait comme un mouton, pendant lesquels elle sentait qu'elle n'était rien. Et pourtant, elle était la même personne qu'aujourd'hui ! Mais non, elle n'intéressait pas...

Aujourd'hui, cela ne suffit plus d'être un très grand acteur ou une très grande actrice. Le truc en plus, on le verra si vous êtes au bon endroit, au bon moment. J'ai discuté longuement avec Suzanne Flon, qui était la marraine de ma mère. Elle me disait : "Que c'est dur pour vous les jeunes ! Autrefois, nous faisions le Conservatoire...ou pas. On jouait et si on était un bon acteur, on était pris tout de suite !". Françoise Fabian m'a dit la même chose.

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  Aujourd'hui, c'est un peu la guerre... On est 18 milliards à vouloir être acteur, chanteur, musicien et la moitié pense que c'est très facile, alors que c'est super compliqué ! Et ce qui l'est le plus n'est pas ce que croit le public. Ce n'est pas apprendre un texte, mais tout ce qu'il y a autour. Incarner vraiment un personnage, la violence des émotions qu'il faut quelquefois faire passer... Attention ! Pas à l'américaine hein ! Je n'ai pas besoin de chercher des trucs tristes dans ma tête pour être malheureuse...

 

La fameuse "Méthode" de l'Actor studio ?

 

Ce n'est pas pour moi, mais à chacun sa méthode. L'important, c'est le résultat. On s'en fout de la manière dont la "mayonnaise" est faite.

En plus, ce métier peut se révéler déstabilisant. Un moment, on est dans l'attente, on n'est pas désiré, on se sent incompris, Puis soudain, on est mis en exergue, on nous déroule le tapis rouge... Et le lendemain, on n'existe plus... Ce phénomène de "montagnes russes" peut être quelquefois déséquilibrant. Alors moi, j'ai mon remède : (elle fredonne) la famille et les amis. Sérieusement ! Mon fils, ma famille et mes amis... ne plus rêver devenir Romy Schneider, être dans la réalité et se dire que j'ai déjà la chance de faire mon métier. Me contenter de ce que j'ai.

 

Votre passion première, c'est le théâtre.

 

Oui. J'ai commencé par le théâtre.

 

Intuitivement ?

 

Non. C'est parce que j'étais élevée dans ce milieu. Je crois vraiment que j'ai été influencée parce qu'on y allait 3 fois par semaine, parce que chez moi, on ne parlait que de théâtre. Mon grand-père écrivait des pièces, ma grand-mère était metteur en scène... Ils avaient des copains acteurs... Michel Bouquet était tout le temps chez nous, François Périer, Daniel Ivernel... C'est en devenant adulte que j'ai compris que ces acteurs pouvaient être impressionnants pour certains. Jeune, je ne m'en rendais pas compte. 

Et puis le théâtre, ce n'est pas le cinéma. Je ne suis pas la fille de Delon ou Deneuve. Ce n'est pas que le théâtre est plus intello, mais...

En plus, mon grand-père n'était pas du tout un type extraverti qui allait dans les soirées et en faisait des tonnes. C'était un type qui se cachait, ne parlait pas. Pour vous dire...quand il est mort, les journalistes sont allés chercher une interview de lui réalisée 20 ans auparavant ! Mes grands-parents étaient du genre discrets, assez barjots, très bohèmes, avec beaucoup de distinction. Ma grand-mère était très classe, très distinguée. Un mélange d'Audrey Hepburn et Jackie Kennedy. Elle était très belle avec rien... pas de vernis rouge, pas de cheveux teints, pas beaucoup de bijoux, mais il émanait d'elle une classe naturelle. En même temps, elle était très chiante, très compliquée, très exigeante. Quand je passais une audition, elle me singeait et me disait "Ah, non, là ce n'est pas possible !". Je lui demandais quoi, et elle me répondait (elle part dans les aigus) "Gnagnagna ! Tu recommences tout de suite !".

J'ai été élevée un peu à la dure. Ca ne rigolait pas. Elle me disait "Avec tes taches de rousseur, tes yeux bleus, petite-fille d'Anouilh, tu vas t'en prendre plein la tronche. Alors, soit tu es singulière et c'est intéressant parce que tu vas jouer Célimène à ta façon et pas comme celle de la copine, soit tu fais le premier prix du Conservatoire et ce n'est pas la peine !". J'ai retenu la leçon.

Je me souviens qu'elle m'a dit un truc que Jean-Pierre Marielle, avec qui j'ai joué au théâtre, m' a dit également : "ne pas respecter la ponctuation d'un texte, quand on le travaille. Quel qu'il soit, au théâtre ou à l'écran. Se recréer sa propre ponctuation". Cela veut dire créer un rythme de parole différent, sauf si le metteur en scène vous demande expressément de respecter la ponctuation de l'auteur. Et c'est vrai que quand on ne respecte pas la ponctuation d'un texte, ce dernier se met à vivre différemment. J'avais plein de petits trucs comme ça ! Je ne voulais pas du tout être actrice "Star Académy", au contraire ! J'étais cassée par ma grand-mère qui me disait "Avec ta tronche de jeune première, si c'est pour faire du gnagnagna, ce n'est pas la peine. Dans ce métier, des minettes, il y en a partout !". Je n'étais donc pas du tout dans l'idée d'être une Actrice. Je voulais faire du théâtre, je me voyais toute ma vie interpréter les grands classiques... Finalement , ça s'est passé différemment. Comme quoi, un parcours peut réserver des surprises...

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Ce dernier n'est quand même pas mal ! Vous avez été nominée aux Molières dans la catégorie "Meilleure révélation théâtrale" pour "Le nouveau testament" de Sacha Guitry...

 

Oui. Avec Jean-Pierre Marielle d'ailleurs... Mais j'ai bien conscience que c'est très abstrait. Quand on est nominé, on est censé être un des 5 meilleurs comédiens de l'année. Or, ce n'est pas vrai !! Nous sommes 5 bons acteurs ou 5 bonnes actrices, c'est tout.

Il y a plein d'autres pièces avec plein de bons acteurs qui ne sont pas nominés, et ils sont pourtant formidables. Prenez Patrick Bruel ! Il l'a dit lui-même et je le redis pour lui parce que je le pense : il devait être nominé l'année dernière dans la catégorie "Meilleur acteur" aux Molières pour sa prestation dans la pièce "Le prénom" ! Il ne l'a pas été et c'est totalement anormal ! Est-ce du snobisme de la part de la profession ? Je ne sais pas car j'ignore comment les gens votent. Tout ce que je sais, c'est que ce n'est pas normal. Dans cette pièce, il était formidable, tout le monde l'a dit, et en plus tous ces camarades ont été nominés, pas lui !

 

Peut-être parce que c'est Bruel et qu'il traîne cette image de chanteur..

 

(Elle s'énerve) Mais qu'est-ce que ça veut dire ??

En ce qui concerne les prix, je serais très heureuse et très fière d'en recevoir un jour, mais si je n'en ai pas, ce n'est pas pour cela que je me dirais "Je suis nulle"... Cela donne évidemment quelques petits trucs en plus... de la considération, une reconnaissance de nos pairs, mais c'est tout.

 

Que pensez-vous de l'aventure "The Artist" ? Ce film est en train de cumuler les nominations, que ce soit aux Césars ou aux Oscars...

 

Mais c'est extraordinaire ce qui leur arrive ! Ils le méritent. Michel Hazanavicius a eu une idée géniale et s'est battu pour elle. Jean Dujardin (dont je suis une inconditionnelle) est magnifique. Pour moi,un acteur doit savoir tout jouer et Dujardin fait partie de cette catégorie. Il est crédible aussi bien dans la comédie que dans le drame. Quant à Bérénice Béjo, elle est craquante parce qu'elle est fraîche, pétillante, ravissante. Elle a quelque chose de très français et en même temps un peu d'américain.

Vous voyez, "The Artist" est aussi un concours de circonstances ! Hazanavicius a déclaré que personne ne voulait monter le film, que Dujardin n'était pas chaud pour le faire... Bérénice Béjo est la femme d'Hazanavicius. Si elle ne l'avait pas été, elle n'aurait pas fait le film...

 

Votre phrase est assez tendancieuse... Et vous ? Vous arrive-t-il de décrocher un rôle parce que vous êtes l'épouse de Frédéric Diefenthal et qu'il figure au générique ?

 

(Elle prend un air grave) Je vais vous répondre très sincèrement. Concernant la pièce "Kramer contre Kramer", on nous l'a proposée à tous les 2. Toutefois, il est possible que certains réalisateurs m'ait engagée en se disant "ça va faire plaisir à Fred, c'est le personnage"... Mais j'ai beaucoup de fierté, et je n'aurais pas supporté qu'on m'impose !! Ce n'est pas possible ! D'ailleurs, j'avais fait des essais pour la série "David Nolande", dans laquelle Frédéric tient le premier rôle, et le réalisateur ne m'a pas choisie pour jouer sa compagne. Par contre, l'auteur m'a choisie pour interpréter une gitane dans un des épisodes. J'ai l'air de tout, sauf d'une gitane ! (elle rit). Pour "Flics", le même réalisateur m'a choisie dès le début, et Fred a été choisi un mois et demi après... Quant aux "Virtuoses", on nous les a proposés ensemble.

C'est à dire que maintenant, nous sommes un couple. Il est donc évident que j'ai dû, à certains moments, travailler grâce à Fred parce que la notion de couple a donné envie à des personnes de nous engager tous les deux. Mais c'est valable dans les deux sens... Fred a fait du théâtre grâce à moi...

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C'est plus facile de tourner avec son mari ? Je parle de la vie de tous les jours, l'aménagement des horaires etc...

 

Non. Aujourd'hui, par exemple, c'est la galère. Notre fils Gabriel n'a ni son père, ni sa mère, et pour le faire garder, c'est très difficile. C'est plus facile pour nous deux, parce qu'on se voit toute la journée.

 

Et cela évite le phénomène de jalousie qui peut intervenir dans les couples séparés pendant longtemps...

 

Ah ça, ça dépend aussi du fait que vous soyez en couple avec un queutard ou une nympho ! Les tentations existent, effectivement, et particulièrement dans notre métier car on rencontre des gens différents et nouveaux tout le temps. C'est quelque chose dont on doit faire attention tout le temps. Moi, j'y fais attention et je crois que Fred aussi.

Quand vous tournez un film, vous êtes dans une bulle... La première semaine de tournage, les gens apprennent à se connaître. La deuxième, on connaît le nom de tout le monde, on devient copains. On vit ensemble et on va voir plus, en deux mois, nos partenaires qu'on ne voit nos meilleurs amis en deux ans ! Alors, évidemment que des liens, une complicité, vont se nouer... En plus, on fabrique quelque chose ensemble, alors c'est très excitant.

Pour en revenir à Fred, ce n'est pas un type jaloux au quotidien. Il peut être jaloux avec quelqu'un qu'il sent insistant. On a cette chance de faire le même métier et d'avoir confiance l'un dans l'autre, vraiment ! Les tentations, c'est sympa, mais il y a une différence entre le fantasme et la réalité...Et c'est bien de rester dans le fantasme ! (Elle rit).

 

Quels sont vos projets cinéma ?

 

J'ai un petit rôle dans un film qui s'appelle "Et si on vivait tous ensemble ?" dans lequel je joue la fille de Jane Fonda...

 

(Je la coupe). Ce n'est pas vrai ? C'est un de mes rêves de pouvoir l'interviewer...

 

C'est vrai ? Elle est super. Je n'aime pas tout chez les américains, mais chez elle, j'aime tout. Elle est gaie, légère, enlevée, naturelle, aucune prise de tête, aucun snobisme, drôle, humaine, souriante... l'inverse de certains français ! (elle rit).

 

Pardon de vous avoir coupée... Continuons sur vos projets...

 

J'ai donc également cette mise en scène de théâtre qui me tient à coeur, avec un de mes meilleurs amis acteurs qui s'appelle Alain Fromager. Il joue actuellement à Nanterre avec Marina Foïs "Maison de poupée" d'Henryk Hibsen.

J'espère que je vais y arriver.

 

Vous parliez d'écriture tout à l'heure...

 

J'ai commencé à écrire un roman, et j'ai lâché. Puis j'ai commencé à écrire un scénario, et j'ai lâché aussi parce que je ne me faisais pas assez confiance ! J'ai également 3 courts métrages dans mes tiroirs...

Dorénavant, j'ai décidé de ne plus m'auto-juger et de faire les choses. Cela deviendra un film plus tard...ou pas, mais au moins je l'aurai fait.

J'avais un défaut, celui d'être d'une exigence inatteignable. Je passais ma vie à me dire "Ce n'est pas la peine de faire cette chose là parce qu'il y a tellement de gens qui la font mieux que moi..". A force de me dire ça, je ne faisais rien. Maintenant, c'est fini et je fais les choses. Aujourd'hui, j'ai plus de compassion pour moi-même... J'ai beau être une gaie dans la vie, j'ai en moi une part sombre. Je suis une grande inquiète...

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De tout ?

 

De la maladie, du futur... inquiète pour les gens que j'aime... de tout. Tout à l'heure, Fred était en train de se garer et il a raté son créneau. Il l'a donc recommencé et je me suis inquiétée pour le type derrière qui attendait...

 

Ne vous inquiétez pas, ce que vous me décrivez s'appelle le respect...(Je souris)

 

Je suis très respectueuse ! Très civique.

 

Je vais finir cette interview par 5 questions à courtes réponses. Le thème en sera "Duos"...

 

(Elle sourit)... ok

 

Laurel ou Hardy ?

 

(Elle sourit et réfléchit)...Laurel.

 

Eric ou Ramzy ?

 

(Elle réfléchit longuement)... C'est compliqué. Ramzy me fait énormément rire mais....(elle réfléchit de nouveau)... Eric a l'air plus gentil. Alors, Eric.

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Dean Martin ou Jerry Lewis ?

 

Jerry Lewis. Extraordinaire...

 

De Caunes ou Garcia ?

 

Garcia, parce que je le connais depuis que je suis toute jeune. En plus d'être un super acteur, c'est un pote.

 

Elie ou Dieudonné ?

 

(Elle réfléchit)... Elie. C'est un copain. Je ne veux pas faire de politiquement correct, mais je ne crois pas que Dieudonné ait raison de faire ce qu'il fait, même s'il pense qu'il a raison. Je crois, que, quelle que soit la cause que l'on défend, il ne faut jamais tomber dans des messages autres que des messages de paix.

  Donc, Elie ! Ceci dit, j'ai revu des sketchs de Dieudonné sur Youtube et il a beaucoup de talent.

Je pense que ce n'est pas le métier des acteurs de parler politique. Qui est-on pour donner son avis au grand jour ? Ca doit rester du domaine du privé. C'est comme dire "Moi, j'aime les femmes épilées !"... On s'en fout. A un moment, c'est ton problème... Les gens n'ont pas besoin de connaître tes goûts !

 

(Je ris)... En parlant d'épilation...

 

Je ne sais pas pourquoi j'ai parlé d'épilation (Elle rit de bon coeur)... Complètement tarée ! (Nous rions ensemble)...

 

Comment vivez-vous les propositions fréquentes faites aux actrices de jouer nue ?

 

En ce qui me concerne,on me l'a demandé un petit peu, mais pas trop. En tout cas, je me suis très bien débrouillée. J'ai eu beaucoup de chance. Je suis tombée sur des réalisateurs avec lesquels j'ai fait un deal.

 

C'est à dire ?

 

Une fois, pour une scène, je devais être nue dans un lit en attendant un homme... j'ai dit "Non. Ca, ce n'est pas possible !, je ne vais pas pouvoir le faire, surtout pour un téléfilm qui ne va pas être le téléfilm du siècle..." On a donc passé un accord et la scène s'est faite d'une manière beaucoup plus soft.

Donc, tourner nue, je n'aime pas ça et ça me gêne. Je trouve cela difficile. On a beau faire un métier impudique, aucun acteur ou actrice ne vous dira que c'est facile de tourner une scène d'amour ou une scène de baiser... On est mal à l'aise, on est gêné... Pour peu que le partenaire ait une mauvaise haleine et qu'on ne puisse pas lui dire... (elle rit)...

 

En tout cas, merci beaucoup de votre gentillesse et de votre disponibilité...

 

Mais je vous en prie. Bon courage parce que vous allez avoir beaucoup de travail de retranscription. Je suis très bavarde ! (elle rit)...

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Reportage photo réalisé par Candice Obron-Vattaire

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Franckdu21 09/02/2012 19:01

Et bien.... Tu n'as pas dû passer un sale moment... non seulement elle est mignonne, mais en plus elle est intelligente. De quoi passer un moment des plus agréables !

palilia 09/02/2012 07:21

mais elle est très marrante cette actrice ! je n'ai pas pu venir te lire hier donc je le fais ce matin. Ils ne doivent pas s'ennuyer mais bonjour les dégâts le jour où ça s'engueule, quels
caractères affirmés. Au moins maintenant, on sait qui c'est et je n'ai je pense jamais lu Jean Anouilh mais c'est vrai que la pauvre a dû se l'entendre dire maintes fois (par toi aussi très cher).
Une actrice à découvrir donc. Et quid de la pièce KRAMER CONTRE KRAMER ? j'ai tellement pleuré en voyant le film

corsu61 09/02/2012 08:55



Je n'ai malheureusement pas vu la pièce, mais selon Gwendoline Hamon, elle est différente du film.



gérard_92 08/02/2012 08:46

Encore une interview réussie. Je connaissais de vue cette actrice mais votre rencontre m'a permis de la découvrir. Outre le fait qu'elle semble très sympathique, je vous rejoins sur un point : elle
est naturelle et spontanée et ça fait du bien dans le show business formaté d'aujourd'hui...