EN LIVE AVEC LES REALISATEURS !

Publié le par corsu61

Cette catégorie vous permet de découvrir les stars sous leur vrai jour, et non celui qu'elles veulent bien montrer par l'intermédiaire de leur agent, leur attaché de presse, ou leur prestation dans une émission de télévision.

Pour cela, profitant de mon expérience de plusieurs années dans le domaine de l'interview, je vous propose le récapitulatif des rencontres que j'ai pu avoir avec vos réalisateurs, acteurs ou actrices préférées, et je vous joins les interviews correspondantes.

Tout vous est relaté, sans fard ni dissimulation, et sans aucune langue de bois. Vous allez découvrir que certaines stars sont loin de l'image que l'on veut donner d'elles, que ce soit en bien ou en mal.

N'hésitez pas à me laisser vos coms pour me relater vos impressions.... Alors, bon voyage de l'autre côté du miroir...

AUJOURD'HUI

EN LIVE AVEC LES REALISATEURS !

31 mars 2012. L'immense réalisateur est présent à Porto-Vecchio afin de remettre la légion d'honneur au fondateur de l'excellente Cinémathèque de Corse : Jean-Pierre Matteï (dont l'interview est disponible ICI).

 

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 De gauche à droite : Dominique Landron, actuel président de la cinémathèque de Corse, Costa Gavras, Georges Mela, Maire de Porto-vecchio et Jean-Pierre Matteï

 

Grâce à une organisation millimétrée et au partenariat amical qu'SOS MOVIES entretient avec cette structure, rendez-vous est pris pour une entrevue d'une demie-heure avec le mythique réalisateur.

Costa Gavras arrive pile à l'heure, souriant et détendu, et d'emblée fait montre d'une totale disponibilité. Il est aimable avec tout le monde et a un petit mot pour chacun.

Je ne vous cacherai pas que l'homme est impressionnant, mais il dégage tant de simplicité et de passion qu'il finit par mettre à l'aise tous ses interlocuteurs.

Nous nous rendons donc dans un petit bureau adjacent afin de commencer l'entretien...

 

 

Mr Costa Gavras, bonjour. Tout d'abord permettez-moi de vous dire que je suis très honoré de faire votre connaissance...

 

C'est gentil. Merci.

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Vous êtes répertorié sur internet comme étant grec et français. Vers quel pays bat votre coeur ?

 

Ça m'amuse. Je n'ai jamais travaillé en Grèce. J'ai fait toutes mes études et tout mon travail de cinéaste en France, de l'apprentissage jusqu'à aujourd'hui. Mon pays, c'est la France. C'est mon pays de vie, de famille, de travail. Mais évidemment, j'ai des racines grecques et ça ne s'oublie pas. C'est comme les corses, quand ils viennent sur le continent, ils restent français et corses à la fois n'est-ce pas ?

 

Vous êtes connu et reconnu comme étant un réalisateur engagé, politiquement parlant. Que pensez-vous des évènements qui se passent actuellement en Grèce ?

 

(Il s'assombrit). Ce qui se passe en Grèce est tragique. Je pense que les hommes politiques grecs, qu'ils soient de gauche ou de droite, et qui ont dirigé le pays ces 20 dernières années, ont laissé grandir une dette épouvantable et se développer d'une manière absolument inacceptable. Mais il est vrai aussi que, parallèlement, il y a eu beaucoup de corruption. Et quand il y a de la corruption, il y a des corrupteurs ! Et on oublie souvent les corrupteurs... Ces derniers sont d'origine allemande et française. Ils ont poussé les gouvernants grecs à acheter du matériel, des biens, etc... en donnant des pots de vin. On connaît les noms ! Ce n'est pas une chose que j'invente, c'est dans tous les journaux grecs ! Certains ont d'ailleurs avoué... Mais il est vrai aussi qu'une part de responsabilité revient au gouvernement grec, et à l'Union Européenne, qui ont laissé ces dettes grossir sans alarmer ni prévenir. Vous voyez donc que les torts sont partagés, mais c'est principalement la responsabilité des hommes politiques grecs qui n'ont pas su créer et organiser un vrai état, parce que le mal vient aussi du fait que l'Etat grec qui est libre depuis un peu plus de deux siècles, ne s'est pas vraiment formé comme les autres démocraties européennes.

 

Vous pensez donc que l'Union européenne était parfaitement au courant de la réelle profondeur des problèmes grecs...

 

(Il réfléchit)... Si elle ne l'était pas, c'est un tort ! Parce qu'on ne peut pas faire partie... comment dirais-je ?... d'une fédération, connaître tous les pays, avoir la même monnaie... C'est comme une famille nombreuse ! Si quelqu'un de la famille part en dérive, les autres doivent le savoir quand même !! Il est vrai aussi que la France est partie prenante dans la dette, ainsi que l'Espagne, etc... et c'est là que se situe la grande responsabilité de l'Union européenne.  

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Yves Montand était également un homme engagé. Vous avez beaucoup tourné avec lui et je sais que c'était un de vos amis. Quels étaient vos rapports durant les tournages ?

 

Des rapports très amicaux. Au premier film, ce fut un peu difficile. Vous savez, je démarrais et les grands acteurs sont toujours un peu suspicieux. Mais ça s'est très vite arrangé au point que Montand, plus tard, a déclaré dans ses diverses biographies, que c'est en travaillant avec moi qu'il a vraiment ressenti ce qu'était "être un acteur". Parce qu'avant, disait-il, c'était imiter les grands acteurs américains comme Humphrey Bogart ou Gary Cooper.

Je crois qu'il a ressenti cela parce que, quand on a fait mon premier film, je lui ai demandé de jouer son personnage avec l'accent du midi. Dans la vie de tous les jours, il avait cet accent ! Il a beaucoup résisté au début, puis Simone Signoret lui a dit : "Pourquoi tu n'essayes pas ?". Moi même, je lui ai dit "Essaye ! Si ça ne marche pas, on doublera tout !". Ça l'a totalement libéré et je pense que ça lui a donné le sens que doivent avoir tous les acteurs : le jeu doit venir de l'intérieur plutôt que de l'extérieur ! Ce ne sont ni le physique ni les mouvements, ni le corps qui font le talent, mais l'esprit.

 

Vous seriez donc un adepte de la fameuse "Méthode" prônée par Lee Strasberg au sein de l'Actor's studio ?

 

Oui, bien sûr.

 

Et politiquement, vous étiez d'accord avec les idées de Montand ?

 

Oui. J'ai appris beaucoup chez les Montand. J'ai appris ce qu'est le militantisme dans un parti, comment suivre une idée et comment aussi se tromper... Il a d'ailleurs reconnu souvent s'être trompé. Et tout cela, c'était une grande école pour moi. J'ai compris très vite qu'il ne fallait pas s'inscrire à un parti, mais garder ses idées parce qu'un parti a sa logique, c'est normal. Il a sa ligne et il faut suivre sa logique, son crédo. En ce qui me concerne, je doute sur tout...

 

Ah bon ? Même encore maintenant ?

 

Je me pose des questions et je me re-pose des questions ! Finalement, j'ai une grande discussion avec moi-même, je parle aussi avec ma femme (il rit), et je finis par décider les choses.

J'ai également appris ce qu'étaient la liberté et l'importance de l'art cinématographique. Le cinéma est un spectacle, mais peut être aussi bien plus que cela. Quand on voit toutes les grandes oeuvres depuis la création du cinéma, depuis Chaplin, elles parlent toujours de la société. Je prends un exemple un peu trivial : "Les temps modernes" de Charlie Chaplin. C'est un film que je montre très souvent à mes petits-enfants. Ils sont ravis et je m'aperçois à chaque fois qu'il parle de la société d'aujourd'hui : la pauvreté, la misère, le monde du travail, la faim... Ce film parle de tout cela, et d'une manière tout à fait admirable, drôle.

Je pense donc que le cinéma est un spectacle, mais qui ne peut pas être vide de sens. Les anciens grecs appelaient le spectacle "psychagogia" qui est lié avec la psyché (l'âme) et ago qui veut dire "conduire, mener". Le spectacle peut conduire l'esprit des hommes. Il n'y a qu'à voir la tragédie grecque... On est en plein dedans. C'est ce que j'essaie de faire et c'est ce qui me préoccupe : raconter des idées avec des images.

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Avec Nadine Battistelli-Giorgi, attachée de presse de la Cinémathèque de Corse 

 

Cela veut donc dire que certains films peuvent également être très dangereux dans ce qu'ils véhiculent comme idées...

 

Naturellement. Cela dépend de la conscience des auteurs, qu'ils soient metteurs en scène, écrivains ou autres. Absolument ! Nous avons une grande responsabilité dans la société.

 

Et comme on le disait tout à l'heure, vous pouvez fort bien vous tromper lors de la création d'un film et véhiculer des idées que vous trouverez fausses quelques années plus tard...

 

On peut se tromper. Absolument.

 

Je me souviens qu'un auteur avait admis un jour s'être trompé, après avoir vu l'adaptation que vous aviez faite de sa pièce...

 

Vous connaissez bien votre sujet ! En effet, il s'agit de Rolf Hochhuth pour le film "Amen". Il y avait, dans sa pièce, des scènes dans lesquelles un simple prêtre argumentait avec le pape. (Il rit) Je me suis dit que c'était complètement improbable !  

 

Vous les avez donc enlevées, ce qui a montré une image du saint-père beaucoup plus éloignée du quotidien et donné beaucoup plus de force au film...

 

Absolument. C'est pour cela que Jean-Claude Grumberg et moi, avons décidé en écrivant le scénario que le pape dans "Amen" ne serait qu'un personnage épisodique. On le voit à peine. Il parle deux fois et dit des choses que d'ailleurs, il a réellement prononcé. Nous avions préalablement fait des recherches sur ça.

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Vous avez fait des films sur des sujets terribles !

 

Terribles, non. C'est la société ! C'est notre société, notre monde. Si certaines choses sont terribles dans notre monde, alors évidemment, elles sont dans mes films. Si le Stalinisme était terrible, et ça l'était, alors il est dans "L'aveu". L'esprit du stalinisme, plus que les horreurs, est synthétisé dans cette histoire vraie. On ne l'a pas non plus inventée.

 

D'ailleurs, en vous attaquant à des sujets pareils, vous n'avez jamais eu peur pour votre intégrité physique ?

 

(Il prend un air détaché). Non, non. On est dans un pays plutôt libre.

 

Mais votre cinéma est mondial !

 

Oui. Disons le plutôt autrement. Quand on commence à faire un film, personne ne sait comment il va être. Et quand il est fait, il est trop tard ! (Il rit). A moins qu'il n'y ait des fous qui veulent se venger !

Alors non, je n'ai pas pensé à ça et je ne veux même pas y penser. Je ne veux pas héroïser ce que je fais !

Alors oui, il y a des insultes, dans les journaux, dans la vie, etc...

 

Dans la vie de tous les jours ?

 

Oui, bien sûr. A la sortie de la première projection de "L'aveu", un personnage important du monde parisien, que je citerai pas, a dit à ma femme "On devrait pendre ton mari !". (Il rit). Plus tard, Simone Signoret l'a convoqué chez elle et lui a demandé pourquoi il avait dit ça. Il lui a répondu qu'il l'avait effectivement dit, mais en plaisantant... Il a essayé d'envelopper la chose... C'est amusant comme histoire.... (Il sourit)

 

Un autre exemple : "La main droite du diable", film dans lequel vous traitez le sujet de l'extrémisme raciste aux Etats-Unis...

 

Attention ! On parle des américains ! Ce sont eux qui ont produit le film ! Et c'est une grosse compagnie qui m'a demandé de le faire, avec des acteurs importants (Ndlr : Debra Winger et Tom Berenger).

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Oui. Mais l'extrémiste qui voit le film se fiche de la grosse compagnie et ne voit que votre nom sur l'affiche...

 

Effectivement. De plus, il est vrai que la production avait demandé, pour le tournage de certaines scènes, une protection policière. Surtout pour les passages tournés en extérieur, dans les forêts, etc... Nous étions très protégés par la police locale. Ce n'est pas moi qui avait demandé, mais la production... Nous savions que nous faisions une chose qui était dangereuse.

 

Vous avez fait tourner les plus grands (Yves Montand, Jack Lemmon, John Travolta, Jessica Lange, Dustin Hoffman, etc...). Avec lequel d'entre eux ce fut le plus agréable, et, à contrario, le plus difficile ?

 

Ecoutez... Ce fut facile avec tous parce que j'explique dès le départ ce que je veux faire. Si je vois que l'acteur accepte le principe et certaines choses auxquelles je suis attaché, alors on peut travailler ensemble. Il n'y en a qu'un qui a été un peu difficile, parce qu'il l'est toujours, c'est Dustin Hoffman. Il vient le matin avec une longue liste de questions et si on peut répondre à toutes, alors il n'y a pas de problèmes.

Le souci, c'est qu'il est venu le lundi matin... Sa liste était longue car il avait eu tout le week-end pour y réfléchir ! (Il sourit). On a donc passé une heure pendant laquelle je lui ai expliqué pourquoi il devait faire ceci, pourquoi il devait faire cela. Après, nous n'avons plus eu de problèmes et nous sommes devenus amis.

 

Cela peut passer pour du perfectionnisme...

 

Il est sans aucun doute un perfectionniste. Il est perfectionniste... et inquiet.

 

Vous aussi ?

 

Oui, naturellement. Un metteur en scène est, par nature, perfectionniste et inquiet. Il faut l'être ! Mais cela dépend aussi de ce que l'on appelle perfection...

 

Votre définition ?

 

Que les images, les dialogues, les explications, soient compréhensibles par le spectateur et qu'ils ne soient pas l'imitation d'autres films. Dieu sait qu'il est difficile de ne pas imiter car il y a énormément de films. Ensuite, et autant que possible, d'être original. Il faut que chaque sujet porte son style. On ne peut pas faire chaque sujet avec le même style ! Si on arrive à tout cela, alors on touchera du doigt une certaine perfection, à supposer qu'elle existe.

 

Il y a un style, une "patte" Costa Gavras !

 

(Il sourit). Peut-être parce que je crois, comme je le disais tout à l'heure, que le cinéma est un spectacle. On ne va pas au cinéma pour écouter le discours politique de Monsieur Tartempion ! On ne va pas non plus au cinéma comme on va à l'université pour apprendre et comprendre des choses. On y va pour ressentir des émotions, et je pense qu'avec ces dernières, on peut faire des choses après. Ou simplement ne rien faire... Voilà mon sens du spectacle.

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D'ailleurs, en parlant d'émotion, vous vous êtes attaqué une fois à une comédie (Le couperet), alors que vous vous situez plutôt dans le drame... Pourquoi ce changement ?

 

C'était complètement lié au sujet. Ce dernier le permettait et ce n'était d'ailleurs pas franchement une comédie pure, mais plutôt une comédie de situation. Situation qui, pour nous spectateur, était comique.

Vous savez que dans "Z", et j'ai été moi-même surpris de le découvrir,  à certains moments, les gens riaient !

 

Ils riaient dans "Z" ??

 

Absolument ! (Il rit). Quand Marcel Bozzuffi, qui interprète Vago, part en courant dans les couloirs avec la jambe dans le plâtre, certaines personnes riaient ! Et à d'autres moments également... Parce que la tension était telle que quand il y avait des scènes un peu légères, les gens en profitaient pour se détendre... Et ça, je l'ai découvert plus tard.

Je ne suis pas contre le rire ! Je trouve qu'il est essentiel dans la vie et dans le spectacle.

 

Vous faites partie de ces réalisateurs qui vont "sentir" les réactions d'une salle lors des premières projections ?

 

Oui. Je vais énormément dans les salles, le vendredi et le samedi soir quand les salles sont pleines, et voir comment les gens réagissent.

 

Peu de gens savent que vous étiez assistant-réalisateur sur le "Crésus" de Jean Giono avec Fernandel...

 

(Son regard s'illumine). Oui, c'est vrai. Absolument.

 

Costa Gavras et Fernandel ! Quel mélange ! (Nous rions ensemble)

Et puis, vous l'étiez également sur "Un singe en hiver" d'Henri Verneuil... Ce ne sont que des bons souvenirs pour vous ?

 

Oh oui. De très bons souvenirs. Surtout avec Giono parce qu'il m'est souvent arrivé de le transporter en voiture sur les lieux de tournage. Je lui avais dit que je venais du Péloponèse, et il me racontait des histoires du pays. Histoires qui ressemblaient à celles que j'avais entendues de la bouche de mes grands-parents. C'était formidable.

Ces années ont été, pour moi, une école magnifique. On s'est beaucoup amusés. Jean Giono était un homme assez âgé, mais il était merveilleux. Il se mettait vraiment au niveau de l'assistant que j'étais. Il s'adressait à moi comme si j'étais aussi important que Fernandel...

 

Vous avez reçu toutes les plus grandes récompenses cinématographiques : Oscar, César, Palme d'Or, Ours d'Or etc... Qu'est-ce qui peut bien vous manquer au jour d'aujourd'hui ?

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(Il rit). Un bon film ! (Il rit de bon coeur en me glissant un regard complice). Et oui, c'est cela qui compte finalement...

Je vais vous dire : les récompenses, on trépigne un peu quand on ne les reçoit pas, mais quand on les a, on n'y pense plus... Elles sont là, bon...très bien. Mais ce qui compte, c'est surtout le prochain film. Et croyez moi, ce n'est pas une coquetterie de ma part !

 

Je vous crois volontiers. Quels sont vos rapports avec le milieu hollywoodien ?

 

Ils sont bons. Vous savez, cela fait un moment que je suis parti de là-bas. Enfin parti... (il réfléchit)... Je n'y suis jamais allé de ma propre initiative, ils sont venus me chercher. D'ailleurs, tous les films que j'ai tournés à Hollywood ont eu leur post production faite à Paris. C'était la condition sine qua non. Je ne me suis donc installé à Hollywood que pour l'écriture et la préparation d'un film. Quant à mes relations avec les grandes compagnies, elles sont très bonnes. D'ailleurs, je suis président de la Cinémathèque Française, et quand j'appelle Steven Spielberg pour qu'il vienne passer une soirée avec les gens, il accepte immédiatement. Je fais la même chose avec Tim Burton, etc... Le seul problème avec les grandes compagnies, c'est que leur direction change très vite... Souvent, je m'aperçois que je connaissais une personne dans une compagnie, et qu'elle en a changé quelques temps après... Elle est passée de la Warner à Universal ou inversement...  (Il sourit).

Hollywood a beaucoup changé par rapport aux années passées. Je ne pense pas que je pourrais, aujourd'hui, faire des films comme ceux que j'ai faits dans le passé... Ils ne font plus ce genre de films. Le vice-président d'Universal, que j'ai vu récemment, me l'a confirmé. On ne pourrait plus faire un film comme "Missing" par exemple...

 

Pourquoi ?

 

Vous voyez comme moi les films américains qui sont tournés aujourd'hui ! Ce sont des mégas productions avec beaucoup de spectacle, d'effets spéciaux, qui coûtent des millions et des millions de dollars.

Et puis il y a une autre chose : Hollywood n'admet que des metteurs en scène très jeunes ! Et moi, je ne le suis plus... (Il sourit)

Un exemple : le seul réalisateur âgé qui survit, et il est plus jeune que moi, c'est Martin Scorcese ! Francis Ford Coppola ne fait plus de film à Hollywood...

 

Et Spielberg ??

 

Mais Spielberg est jeune ! Il n'a que 65 ans ! Et puis, c'est Spielberg !... C'est LE Colosse (et je n'ai pas peur des mots) du cinéma mondial ! C'est le metteur en scène le plus connu, celui qui a rencontré les plus grands succès. C'est un phénomène.

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Quand "Z" a été nominé aux Oscars 1970 (battu par "Macadam Cowboy" mais lauréat en tant que meilleur film en langue étrangère), que vous êtes-vous dit ? "Ca y est, je suis arrivé, je vais pouvoir tout faire !"... ?

 

Vous savez, quand on connait un peu le cinéma, on ne se dit jamais ça. Par contre, toute l'aventure de "Z" a été une surprise extraordinaire. Le distributeur du film était un Corse qui s'appelait Hercule Mucchielli. La première semaine, le film ne marchait pas du tout. Avec Jacques Perrin, qui le produisait, nous étions très inquiets et l'on se disait que le film allait s'effondrer et qu'à la troisième semaine, il serait retiré des écrans. Mais Hercule était là et nous disait avec son accent corse et un petit sourire "ne vous inquiétez pas !"... Le film a tenu 44 semaines à Paris !!

Avec ce film, nous sommes passés de surprises en surprises avec tout un tas de récompenses. Nous avions des prix à New-York, le prix de la critique, le prix de ceci, le prix de cela... 

Vous savez, je vais vous raconter mon meilleur souvenir à Hollywood : à la sortie de la cérémonie des Oscars, un petit homme s'approche de moi et me dit "Je voudrais vous serrer la main... je me présente : je m'appelle Frank Capra"... (ses yeux s'illuminent). Nous avons passé un moment à discuter... je n'en revenais pas... Mon souvenir le plus émouvant, c'est celui-là !

 

Et quelle fut votre plus belle rencontre ?

 

Il y en a eu beaucoup. Mais la plus belle eut lieu pendant le dîner qui est proposé après la cérémonie des Oscars. A côté de ma table, il y en avait une autre avec Grégory Peck et plein d'autres acteurs. Peck s'est déplacé pour me dire en joignant son pouce et son index : "A ça près, vous aviez l'Oscar du meilleur film !". Il faisait partie de la commission et connaissait les résultats. Elizabeth Taylor est également venue me voir pour me glisser : "Anything, Anyplace, Anywhere !..."

 

(Admiratif) Whaooo !!! (Nous rions tous les deux)

 

Et avec quel acteur, ou actrice, auriez vous aimé tourner ?

 

(Il réfléchit)... Vous savez, le problème, c'est d'avoir des histoires pour les acteurs. J'avais toujours voulu travailler avec Jack Lemmon. Depuis toujours. Et quand j'ai proposé son nom à Universal pour "Missing", ils n'ont pas compris : "Missing"... C'est un film comique ?".

Cela a été une vraie bataille. Ils ne voulaient pas accepter. Je leur disais pourtant que je ne voyais que lui pour jouer le rôle, mais ils m'ont présenté plein d'autres acteurs. Gene Hackman voulait absolument faire le film... Finalement, le producteur Eddie Lewis trancha en disant : "S'il insiste, donnons lui Lemmon."

Après, il a été tout surpris de voir Jack Lemmon nominé aux Oscars, au festival de Cannes, etc...

 

Mon temps imparti est terminé, je vous remercie infiniment de m'avoir reçu.

 

Mais je vous en prie, c'était très agréable.

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Reportage photo réalisé par Candice Obron-Vattaire

Un merci à Mathilde Woillez pour son petit coup de pouce à la traduction grecque

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Commenter cet article

palilia 04/04/2012 17:48

ça y est j'ai tout lu Corsu. Je ne connais pas ses films mais je le connais de nom ça oui (je me couvre de honte, je pense avoir vu Z). Et vous auriez pu sourire un peu tous les deux à la fin : le
café était amer ?

corsu61 05/04/2012 09:50



lol... non mais l'ambiance était studieuse !



ThierryG. 04/04/2012 15:59

Un réalisateur énorme ! Décidément, je me régale de plus en plus en découvrant votre blog ! MERCI