EN LIVE AVEC LES STARS !

Publié le par corsu61

Cette catégorie vous permet de découvrir les stars sous leur vrai jour, et non celui qu'elles veulent bien montrer par l'intermédiaire de leur agent, leur attaché de presse, ou leur prestation dans une émission de télévision.

Pour cela, profitant de mon expérience de plusieurs années dans le domaine de l'interview, je vous propose le récapitulatif des rencontres que j'ai pu avoir avec vos acteurs ou actrices préférées, et je vous joins les interviews correspondantes.

Tout vous est relaté, sans fard ni dissimulation, et sans aucune langue de bois. Vous allez découvrir que certaines stars sont loin de l'image que l'on veut donner d'elles, que ce soit en bien ou en mal.

N'hésitez pas à me laisser vos coms pour me relater vos impressions.... Alors, bon voyage de l'autre côté du miroir...

 

AUJOURD'HUI

EN LIVE AVEC LES STARS !

Samedi 26 mai 2012. Rendez-vous est pris à 15h avec l'acteur dans son hôtel au nord de Bastia. Il est présent en Corse afin d'y effectuer deux représentations de la pièce "Henri IV, le bien-aimé", l'une à Ajaccio la veille et l'autre à Bastia le soir même.

Je suis présent à l'heure dite, mais le mini-bus qui amène les comédiens d'Ajaccio n'est pas encore arrivé.
Avec une heure de retard, le véhicule arrive enfin et dépose les artistes à l'entrée de l'hôtel. Je me fais immédiatement connaître auprès de Jean-François Balmer qui se trouve dans un état de colère impressionnant. Il est très énervé, vocifère et ne semble pas à prendre avec des pincettes. Il m'explique alors ce qui lui est arrivé... Suite aux intempéries, le palais des congrès d'Ajaccio n'a pas été en mesure de maintenir la représentation de la veille. Il n'a donc pas joué et en veut aux organisateurs. Il considère que c'est un manque de respect pour le public et m'assure qu'il aurait pu jouer même dans une cour d'école ! De plus, les responsables ajacciens savaient bien avant son arrivée que la pièce ne pourrait être jouée. Ils auraient donc pu éviter à la troupe un voyage Paris/Ajaccio et un Ajaccio/Bastia en mini-bus (3 heures de route pour les non-initiés...) et les diriger directement sur Bastia.
Après quelques instants, je lui indique que ma photographe et moi sommes installés tranquillement au bord de la piscine et que l'interview se déroulera là-bas, au calme, s'il le désire toujours. Il m'accompagne donc tout en continuant à vociférer sur les circonstances de la veille : "J'ai vécu la pire journée de ma carrière d'acteur !!!" me résume-t-il... L'interview ne promet donc pas d'être facile...
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Vous semblez très énervé après les organisateurs ajacciens...
 (Agacé) Avant-hier, nous étions à Clermont-ferrand. Dans le train, je leur ai dit "J'accepte de jouer dans n'importe quelles conditions ! On est là, on joue !! Le théâtre est plein. On ne se fout pas de la gueule du monde !". Si vous avez un problème, les gens le comprennent. Ils acceptent d'avoir moins de confort, moins de décors, etc... Bref, commençons l'interview parce que je suis énervé ! 
Vous faites tellement partie du paysage des acteurs français que peu de gens savent que vous êtes suisse...
Je suis né en Suisse. Mais j'ai les deux nationalités. Pour que les gens soient rassurés, je n'ai jamais payé mes impôts en Suisse ! Je suis arrivé en France à l'âge de 23 ans et j'ai donc passé toute mon enfance et mon adolescence en Suisse. Et quand je m'y rends, je me sens très suisse !
Et quand vous êtes en France, vous vous sentez très français...
Absolument.
Cette interview a été très difficile à préparer car vous êtes un acteur très secret...
Tout à fait. Je considère que je suis surtout très cohérent. Je m'explique : je considère que le métier d'acteur, c'est à peu près l'inverse de ce qui se fait aujourd'hui. Un acteur, c'est fait pour étonner, surprendre au moment où il joue. Le reste du temps, c'est se retirer et fermer sa gueule !  Moi, je l'ouvre au café du commerce mais pas dans la vie. Je trouve absolument aberrante l'évolution de ce métier. On est complètement dans la caricature. J'aurais de la peine à avoir 20 ans aujourd'hui. Les jeunes acteurs doivent être sur Facebook, avoir un agent avant même d'être au Conservatoire, et surtout prendre une image !
Un acteur qui ambitionnerait de devenir un vrai acteur est justement un type qui n'a pas d'image ! Je me souviens avoir tourné avec Jane Birkin et Jacques Perrin sur un Aviso escorteur à Manille... Elle me disait : "Tu as tort sur ton image. Serge (Gainsbourg) est comme un paquet de Marlboro. Un paquet de Marlboro, c'est rouge et blanc, ce n'est pas jaune. Quand on voit un paquet rouge et blanc, on sait que c'est un paquet de Marlboro !"
Et moi, je dis non. Je suis un acteur. Je veux étonner et surprendre et par conséquent, je ne veux pas être un paquet de Marlboro ! Je n'ai pas envie de m'associer à tel ou tel autre... Je suis très obsédé par l'idée de surprendre.
Ce n'est pas moi qui ai changé. C'est le métier tout entier qui a changé. Moi, je suis exactement dans ce qu'étaient mes illustres prédécesseurs. En tant qu'acteurs, on a tous l'ambition d'être des Harry Baur, Michel Simon ou Pierre Brasseur ! Eux se comportaient à peu près comme j'essaie de pérenniser cela. Je sais bien que c'est un peu ridicule de ne pas avoir d'image, de ne pas intervenir dans les médias, mais je pense que c'est là la véritable trajectoire d'un vrai acteur.  
Vous êtes l'anti-star par excellence...
Absolument. Je n'ai rien contre les stars, je dis simplement qu'une star, ça doit étonner aussi quand elle joue.
Vous avez une trajectoire assez hallucinante... Vous avez fait sonneur de cloches ?
(Il sourit)... Oui, mais ce n'était pas un métier à plein temps. J'étais dans un petit village dans lequel on sonnait les cloches le samedi et le dimanche. Cela dit, j'ai fait ça pendant 4 ans. Et quand on me demandait pourquoi je faisais ça, je répondais "Je travaille pour ma biographie !" (Il rit).
Vous avez même fait coursier...
Oui. J'ai même fait une école de commerce, comme tout le monde... (Il sourit). C'est pour cela que j'ai commencé tard. Mais depuis l'âge de 14 ans, je n'avais qu'une seule idée en tête, c'était de devenir acteur. Je fais partie de la revanche des pauvres en esprit... Des gens qui n'ont eu qu'une seule idée dans leur vie, mais qui grâce à ça (ou à cause de ça) sont allés au bout...
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Votre premier rôle vous a été donné par Yves Boisset. C'est un bon souvenir ?
Très bon, évidemment.
Pourquoi "évidemment" ?
Parce qu'avec Jacques Weber et Jacques Villeret, nous sommes au Conservatoire et sommes copains comme cochons. Et tout d'un coup, on nous propose d'aller tourner "R.A.S.". C'était une histoire de copains tels qu'on l'était, sauf que les personnages que nous incarnions faisaient la guerre d'Algérie et pas nous. C'était quand même plus facile de jouer à la guerre que de la faire ! Et nous avions de beaux rôles...
Quel est le genre de rôles que vous affectionnez particulièrement ?
J'essaie de ne pas en avoir. Je fais beaucoup de choses variées. Ce qui me manque un peu, ce sont de vrais rôles de comédies. Je prétends être un grand acteur de comédie. Mais on ne m'en a proposé que très peu. J'ai plutôt l'air d'un mec "pète-sec" et sérieux. Alors que c'est l'inverse !
Pourquoi vous a-t-on attribué cette image ?
(Désabusé) Parce que les gens du métier n'ont pas d'imagination. Le métier ne prend aucun risque, qu'est-ce que vous croyez ?...
Par contre, vous avez souvent joué des personnages historiques...
C'est vrai. Ce sont les personnages les plus intéressants à faire parce que la vérité est plus forte et plus surprenante que la fiction. La trajectoire d'un individu est beaucoup plus intéressante et dense que n'importe quel personnage de fiction. De plus, cela vous oblige à rester cadré. J'ai joué Sacha Guitry, Mitterrand, Pompidou, Henri IV... et je ne vais jamais dans la caricature. "Au groin", j'essaie de m'approcher au plus près de l'atmosphère du personnage et de le rendre crédible. On veut bien me reconnaître que je n'ai pas fait de fautes dans le personnage de Louis XVI ! Pour cela, j'avais beaucoup travaillé. Au départ, je ne connaissais rien et puis j'ai bossé ! On disait de lui que c'était "le gros cochon". On pensait qu'on allait en faire une caricature et ça m'amusait. Quand je me suis documenté, j'ai alors vu que c'était absolument l'inverse !
Je ne suis pas un redresseur de torts et je n'amène rien à l'Histoire, mais je trouve que, quand vous jouez des personnages, vous avez la responsabilité de ne pas vous tromper sur eux et sur ce qu'ils ont dit. Il faut essayer de se replacer exactement dans le contexte de l'époque.
Vous êtes un perfectionniste...
Ah oui ! Si vous ne l'êtes pas, il ne faut pas faire ce métier !
Aussi bien au théâtre qu'au cinéma ?
Je ne vois pas la différence ! Le moteur tourne ou le rideau se lève, et vous essayez de jouer au mieux. De jouer et non pas de ne pas jouer comme on a fait hier !! (Il s'emporte). Je ne décolère pas !! C'est complètement insensé et totalement inacceptable !!
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Qu'est-ce qui vous met tant en colère ? Personnellement le fait de ne pas avoir joué ou le manque de respect vis à vis du public ?
(Il sort de ses gonds, au point de bégayer) Mais c'est le fait que les gens ont payé leur place et on leur dit la veille qu'on ne peut pas jouer !!! Alors que moi je dis aux organisateurs  que je suis d'accord pour jouer dans n'importe quelles conditions, on ne peut pas trouver un endroit pour jouer quand même ??? Et ils me répondent que c'est pour des questions de sécurité ?? Mon cul !!! La sécurité, il fallait l'avoir avant pour éviter que le plafond soit inondé !! En plus de ça, c'est un bâtiment qui a été fait il y a deux ans !! On se fout de qui ????
On va redescendre un peu... (Je souris)... Votre carrière est impressionnante à tous les niveaux : Cinéma, théâtre,télévision... il n'y a que le chant que je n'ai pas trouvé...
J'ai joué Wagner mais heureusement que vous ne l'avez pas vu... (Il sourit)... Ce n'est pas ce que j'ai fait de plus glorieux dans ma vie (Nous rions ensemble).
Cinéma, théâtre, télévision... Lequel des trois...
(Il me coupe). Il n'y a pas de trois. C'est l'addition de tous qui compte.
Mais votre coeur bat plus pour lequel ?
Il bat pour les trois. Il ne faut jamais avoir tous ses oeufs dans le même panier. C'est parce que vous faites du théâtre que vous aurez davantage envie de faire du cinéma. Ceux qui ne veulent faire que du cinéma n'auront pas une très grande trajectoire. C'est impossible parce que le cinéma fait que vous ne travaillez pas assez. Au théâtre, vous devez déjà travailler en amont.
Au théâtre, le seul jour où je suis heureux, c'est quand j'arrête ! Je suis un peu un "pisse-froid" parce que je me dis plutôt : "Plus que 80 fois, plus que 30 fois, plus que 14 fois"... Je suis content quand j'arrête parce que c'est difficile d'être angoissé toute la journée... A 20 heures, il faut être en forme ! Alors, je dis "Ouf" quand j'ai fini. En revanche, la plupart du temps et jusqu'à hier soir, on se rend compte du privilège absolu d'être en face de spectateurs... C'est le coté éphémère du théâtre qui va mourir au moment où le rideau se baisse et le côté éternel de l'image qui vous fera, alors que vous êtes à Valparaiso ou New-Delhi, revoir une séquence que vous avez tournée quelques mois plus tôt. C'est quand même exceptionnel.
La télévision vous apprend aussi quelque chose. Elle vous apprend à travailler vite. Remarquez, maintenant, dans 90% des cas, le cinéma vous demande de travailler extrêmement vite parce qu'il n'y a plus de temps, ni d'argent... Désormais, il y a peut-être 10 % des films qui sont tournés dans des conditions optimales. Les autres 90% sont à la ramasse !
Le film le plus important que j'ai fait, c'est "Tokyo". Ce film n'a été vu par personne ! Il est passé à Cannes il y a deux ou trois ans. C'était un film de trois metteurs en scène : Bong Joon-ho, Michel Gondry et Léos Carax. D'ailleurs, c'est sympathique de voir que ce dernier est, depuis 30 ans, fidèle à son acteur fétiche : Denis Lavant, qui est entre parenthèse, un acteur génial !
  (Désabusé) Vous demandez autour de vous qui est Denis Lavant et personne ne peut vous le dire... C'est pourtant le plus grand acteur que j'ai vu de ma vie ! Ce type est totalement acteur ! Il s'investit totalement... Alors évidemment, il est fou et compliqué... mais c'est l'honneur du métier !
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Je ne peux pas éviter de parler la série "Boulevard du palais"...
C'est marrant parce que j'ai du plaisir à la faire, parce que le personnage est assez touchant. On me laisse un peu la liberté de corriger mon texte... J'ai une formule un peu pompeuse mais que je redis toujours : "C'est ma récréation dans les vacances que sont les métiers d'acteur..." A partir du 11 juin, on en re-tourne 4 et on a du plaisir à le faire. Je trouve que les scénarios sont de plus en plus compliqués et ce que je tiens absolument à garder, c'est l'espèce de simplicité qui y règne ainsi que le rythme. Je ne veux pas que tout d'un coup, on accélère le rythme. Ce qui est intéressant, c'est que mon personnage de flic est un peu alcoolo, voire complètement, mais un alcoolo poète à 10 balles. Il a peur des armes, il n'aime pas la violence et il a une espèce de lenteur que je trouve bienvenue actuellement.
Justement, qu'avez-vous en commun avec ce personnage ?
Je suis plus un acteur qu'un comédien. Je ne suis jamais rentré dans la peau du personnage. J'essaie de le tirer à moi et c'est vrai qu'il y a beaucoup de moi dans Rovère. En le jouant, je ne peux pas dire que j'ai le trac.
Vous êtes un homme au fort caractère.
Comment se passe un tournage avec un partenaire que vous n'appréciez pas ?
Je crois que ça n'est jamais arrivé. C'est impossible de ne pas s'entendre avec un partenaire... (Il réfléchit)... A moins que... il y a tellement de cons ! (Nous rions)... Non, mais c'est vrai ! Regardez dans la vie : il y a exactement le même nombre de cons parmi les chauffeurs que parmi les clients à travers le monde ! C'est ce qui est rassurant !
Il y a quand même deux ou trois personnes avec lesquelles je ne me suis pas très entendu... des metteurs en scène.
Quelle serait désormais votre plus grande ambition ?
Je voudrais qu'on me donne un rôle de comédie ! J'attends désespérement des rôles de comédie. Je considère que je suis un des plus grands acteurs de comédie que j'ai rencontré. C'est là qu'on voit que les metteurs en scène et les producteurs n'ont pas beaucoup de talent. Je me trouve plus doué que l'époque. Je me donnerais des grands rôles de comédie.
Ce serait basé sur quel genre d'humour ? A froid, décapant, exhubérant ?
Tous les humours ! J'ai de l'humour, de l'ironie et beaucoup de recul.
Je suis d'une humilité totale et je n'ai jamais été modeste !. Je me suis toujours pris pour un grand acteur et je pense que j'en suis un.
Sir Anthony Hopkins tient un peu le même discours...
Il a raison.
Mais ça lui a valu quelques inimitiés...
Je suis très vénéré dans le métier. Je suis très populaire grâce à la série "Boulevard du palais". Je suis un acteur très aimé par le peuple mais je ne suis pas un acteur à l'étiquette "populaire". Si j'allais dans les médias, etc... je le deviendrais sûrement, et beaucoup plus que la plupart des autres !
(Je ris)... Je demande à voir !
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(Il rit aussi).. Mais c'est extraordinaire, vous ne me croyez pas !
 (Je ris) Mais si, je vous crois !...
Si vous deviez résumer Jean-François Balmer en deux mots ?
(Il réfléchit)... Bah... En même temps, on s'en fout un peu des acteurs... et on se fout particulièrement de Jean-François Balmer ! Ca n'a aucune importance. Moi, j'ai toujours l'impression que je vais être démasqué ! Qu'on va me dire : "Bon, allez, ça va. Maintenant rentre chez toi !"... Et ça perdure..
. En revanche, je ne suis pas du tout blasé. J'ai toujours le même appétit de jeu. Je ne suis pas du tout vélléitaire car je n'ai jamais voulu devenir metteur en scène, producteur ou quoi que ce soit. Il n'y a que le jeu qui m'intéresse. Je fais néanmoins partie de ces gens qui n'ont jamais passé un coup de fil à un metteur en scène pour lui signifier son envie de travailler avec lui. Aujourd'hui, si un jeune acteur ne le fait pas, a-t-il beaucoup de chances de décrocher un rôle ? Je crois qu'il en a encore moins qu'à mon époque...
Je suis d'accord. Mais de toute manière, tout va bien pour vous. Vous êtes plutôt réclamé...
J'ai toujours été réclamé. Tout ce que j'ai fait, c'est parce qu'on me l'a proposé. Ce que je veux dire, c'est que si je voulais faire de la comédie, il faudrait que je devienne plus "populaire" et donc, aller dans les médias ou se trouver dans ces fameux films à budget et étiquettés "populaires", etc...
Mais vous avez des amis réalisateurs ?
Oh vous savez, à mon âge, je n'ai plus d'amis depuis longtemps ! (Nous rions). J'en ai eu très peu dans ma vie, mais alors maintenant, croyez-moi, je n'en ai plus. (J'éclate de rire).
Les gens du métier ignore cette dose d'humour que vous possédez ?
En fait, je ne sors pas beaucoup dans le métier.
(Je ris) Mais qu'est-ce que vous faites alors ?
(Il rit) On peut effectivement se poser la question ! Finalement, je ne fais pas grand chose. Je joue souvent, je tourne sans arrêt, j'ai énormément voyagé à travers des films qui n'étaient pas forcément des Hits. C'étaient des films un peu marginaux qui m'ont permis de voyager à travers le monde, ce que je n'aurais évidemment pas pu payer de ma poche. Le métier m'a donc permis de faire des voyages exceptionnels et tous les acteurs du monde vous diront la même chose : c'est un métier qui vous transporte dans tous les coins du globe, avec les facilités et les privilèges des touristes les plus cossus avec ce que, eux, n'ont pas : les contacts avec les locaux. Dans l'équipe du film, il y a toujours des autochtones qui, au bout de 15 jours, vous glissent : "Arrêtez d'aller bouffer chez ces connards où vous payez plus cher une bouffe inférieure... Allez plutôt chez untel ou untel..."
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Vous semblez un "curieux" de nature...
Bien sûr. (Il réfléchit)... Vous savez, j'ai une espèce de "groin"... Je suis un acteur uniquement instinctif. J'ai souvent de la chance dans mes jugements.
Vous sentez les choses...
J'ai fini par comprendre qu'on m'accordait un physique peu sympathique, rébarbatif... et c'est un manque de psychologie extraordinaire. C'est donner trop d'importance à l'enveloppe plutôt qu'au contenu... C'est vrai que je ne suis pas toujours un type souriant, mais il faut être un peu plus fin que cela et avoir une approche plus délicate, plus humaine...
Mais peut-être que les gens sont tout simplement impressionnés ?
Vous avez raison. C'est tout à fait vrai. Les gens sont impressionnés. Et moi, ce que je ne comprends pas, c'est que je puisse impressionner qui que ce soit ! (Il rit). On est exactement au coeur du problème ! Je me trouve peu crédible et sur peu de choses. Souvent, les gens n'osent pas me parler. Même les metteurs en scène ! Il font ricochet et font passer les infos par des tierces personnes. C'est terrible !
Si vous aviez un conseil à donner à un jeune acteur d'aujourd'hui, quel serait-il ?
Je lui dirais que j'ai des conseils à recevoir et non à donner. Je lui dirais qu'il n'y a pas une vérité, mais SA vérité, mais que la chose la plus difficile à comprendre, c'est qu'on n'a pas le même rythme ni la même trajectoire. Au Conservatoire, qui remarque t-on ? : les jeunes premiers ou les ambitieux, parce qu'il vont plus vite. Moi, à cette époque, on m'a dit que je serai un grand acteur à 40 ans.
Votre premier rôle principal vous a été donné à 38 ans.
Pour "Polar". Mais je ne suis pas obsédé par le rôle principal. Moi, je suis une mosaïque. Il y a des acteurs qui vont défendre leur physique et faire leur carrière uniquement là-dessus. Ce n'est pas mon cas. Je trouve bien de faire une pièce de théâtre avec 18 personnes, et à côté de cela, je vais faire seul "Voyage au bout de la nuit". Et en attendant, j'aimerais aussi faire des choses un peu plus légères au cinéma, dans des gros trucs qui ne soient pas forcément des gros trucs de merde ! (Nous éclatons de rire).
On arrive quand même aux "Gros trucs de merde" ! (je ris)
C'est vrai que je réclame, je geins, je dis que je veux des comédies et tout ça... Vous, c'est la première fois que vous m'entendez dire ça, mais ça fait 20 ou 30 ans que je le réclame. Il m'arrive quand même, je dois le dire, qu'on m'en propose... et que je les refuse au dernier moment. C'est paradoxal, mais il arrive qu'on me propose "Mon cul sur la commode", et que je le refuse parce que je trouve que c'est un peu... léger.
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Alors ne vous plaignez plus !
On est tous dans des contradictions...
Quelle est la comédie que vous avez refusée et qui a marchée ?
(Il réfléchit). Je ne sais même plus. Mais puisque vous voulez tout savoir, j'ai probablement chiffonné ou froissé des gens parce que, quand je lis un scénario, je commets l'erreur de dire exactement ce que je pense. Et avec mon expérience, je pourrais quand même éviter ce genre d'imbécillité... C'est le genre de comportement qui est contraire à celui que devrait avoir un type qui veut faire une carrière. Il doit plutôt flatter, sourire...
Moi, je n'ai pas double langage. Je suis très mauvais comédien dans la vie.
Tout à l'heure, je me suis vanté de n'avoir jamais téléphoné à un metteur en scène ou un producteur pour me vendre. Et bien c'est de la connerie. Et j'ai compris ça bien plus tard ! Pourquoi ? Et bien parce que eux, aussi, doutent... Et peut-être qu'en leur téléphonant, on les rassure...
Moi, pour me justifier, j'ai argumenté ma timidité. Mais à un certain moment, ce n'est plus qu'une question d'orgueil. Je considère que rester dans son coin, c'est une attitude humble. Mais c'est quelquefois mal traduit...
Que pensez-vous des récompenses au cinéma ?
Les Césars, etc ?
Oui
Bof. Si jamais Léos Carax avait un prix au Festival de Cannes, je penserais beaucoup de bien de Cannes...
Mais après tout, tout cela est anecdotique. Et en plus c'est truqué.
La vie est injuste, mais les carrières sont injustes. En même temps, on en peut pas se plaindre car on a ambitionné de faire ce métier. Il y a 90% des gens qui n'ont pas trouvé de passion. Nous, on l'a ! Alors on ne va pas en plus emmerder les gens ! Un peu de décence !
Quel rapport avez-vous avec l'argent ?
Ça va. Je vis très aisément mais je ne suis pas un homme riche.
Je vais être direct. Est-ce que le cachet a une importance dans votre choix d'accepter ou non un rôle ?
Pas forcément. Évidemment que cela compte, mais j'ai fait des conneries parce que j'ai fait des choses gratuitement.
Et c'est une erreur ?
Oui. Une très grosse erreur. Parce que comme disait Pierre Desproges : "Un bienfait n'est jamais rendu".
Vous avez une étonnante mémoire, et sur tout !
Je vois les choses très segmentées. Je ne suis pas un intellectuel mais je m'attache aux détails...
Vous ne vous considérez pas comme un intellectuel ?
(Il bondit) Ah non ! Pas du tout ! On me le fait peut-être croire ! (Il rit). C'est peut-être une injure par rapport à ceux qui sont de vrais intellectuels ! Si j'en étais un, je ne serais pas content de savoir qu'un zigoto comme Balmer est considéré comme un intellectuel ! (Il rit de plus belle). Il n'y a pas que des cons parmi les intellectuels... Il y a quand même des mecs qui travaillent et qui réfléchissent ! (Nous rions ensemble). Je me considère uniquement comme un instinctif.
  En tout cas, ce fut un réel plaisir de vous rencontrer.
Merci beaucoup en tout cas.
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Reportage photo réalisé par Candice Obron-Vattaire
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Commenter cet article

corsu61 23/06/2012 19:55

Surprise ! Cela fait le charme de la découverte..

23H76 23/06/2012 11:28

Max a quand le prochain interview et avec qui.??? Ciao Ciao de Normandie

corsu61 11/06/2012 09:51

C'est exactement ce qui s'est passé !

Titine 10/06/2012 22:12

Oui c'est flagrant, tu l'as complètement retourné et remis de bonne humeur. Sur les photos (si elles suivent la chronologie) au début il semble tendu, crispé avec l'oeil noir et au fur et à mesure
il semble se détendre, sourire et à la fin c'est la franche rigolade !!..

corsu61 10/06/2012 09:28

Merci Titine ! C'est en effet une de mes meilleures interviews car elle était plus que mal partie...