EN LIVE AVEC LES STARS !!

Publié le par corsu61

Cette catégorie vous permet de découvrir les stars sous leur vrai jour, et non celui qu'elles veulent bien montrer par l'intermédiaire de leur agent, leur attaché de presse, ou leur prestation dans une émission de télévision.

Pour cela, profitant de mon expérience de plusieurs années dans le domaine de l'interview, je vous propose le récapitulatif des rencontres que j'ai pu avoir avec vos acteurs ou actrices préférées, et je vous joins les interviews correspondantes.

Tout vous est relaté, sans fard ni dissimulation, et sans aucune langue de bois. Vous allez découvrir que certaines stars sont loin de l'image que l'on veut donner d'elles, que ce soit en bien ou en mal.

N'hésitez pas à me laisser vos coms pour me relater vos impressions.... Alors, bon voyage de l'autre côté du miroir...

AUJOURD'HUI :

EN LIVE AVEC LES STARS !!

Vendredi 17 avril 2009. Venu présenter la pièce de Sacha Guitry « Mon père avait raison » au Théâtre municipal de Bastia, qu'’il interprète aux côtés de son fils Alexandre, la star aux plus de 90 films (pour mémoire, on peut citer : « Les seins de glace », « Un éléphant ça trompe énormément », « La boum », « La guerre des polices », « Camping », etc…) nous reçoit sur la terrasse de l'hôtel dans lequel il est descendu, le temps de son passage sur l'’île.

Rendez-vous est pris à 11h00 et c’est pile à l’heure que l'’acteur se présente à nous. Il préfère que l’'interview se passe au dehors, pour profiter au maximum des rayons du soleil.

La première impression me fait penser que j'’ai affaire à un homme charismatique, attentif, réfléchi, qui n'’est pas du genre à se laisser faire. Certes, sa voix profonde et son regard sombre accentuent les traits du personnage, et je m'’aperçois très vite que ce n’est pas négatif, mais qu'’il ne s’'agit que de perfectionnisme,( l'’homme voulant être sûr que les mots choisis soient effectivement les bons). Lorsque la conversation prend une tournure qui l'’intéresse, il se montre alors passionné et captivant. Au fur et à mesure des questions, je découvre un homme qui a son franc parler, assez froid et méfiant de prime abord, mais disponible et très agréable, à partir du moment où vous lui prouvez que vous connaissez votre sujet et que votre intérêt n’est pas purement commercial, mais bien réel. Il sait alors se montrer attentif, curieux, et heureux de vous faire profiter de ses souvenirs. Vous connaissez tous désormais le maître-mot de cette catégorie : « La vérité sans fard ». Aussi, cette interview vous est relatée comme telle, sans être édulcorée d’'aucune sorte, et avec les termes réels employés. Découvrez désormais un des monuments du cinéma français…

 

Fils de Pierre Brasseur et d'’Odette Joyeux, Filleul d'’Ernest Hemingway, père d'’Alexandre Brasseur… J'’ai eu la curiosité de regarder sur Wikipédia la façon dont on vous définit, et on le fait comme suit : « Acteur et sportif »…(Il sourit ), alors on se demande où et quand va s’arrêter la lignée des Brasseur…
 

Il faut demander à mon fils. 
 

Cette longévité est assez incroyable…
 

C’est incroyable parce qu'’on en parle et parce que notre profession est une des rares professions, avec le sport, à avoir un journal… les ébénistes, les carreleurs, il n'’y a pas de journal qui les concerne. Nous, on est entre les mains de la médiatisation. Mais il y a une statistique internationale et officielle qui dit que 70 % des enfants restent dans le même créneau professionnel, je ne dis pas dans la même profession, mais dans le même créneau professionnel que leurs parents. Un môme qui naît fils de médecin, va rester dans ce milieu là, alors il peut devenir chirurgien ou vétérinaire. Faites un peu attention autour de vous, et vous verrez. C'’est assez incroyable le nombre de gens, aussi bien dans le sport que dans la littérature...…je ne suis pas le seul fils d'acteur, il y en a beaucoup. C’est vrai que nous, dans la famille, ce qui est exceptionnel c’est qu'’Alexandre est la 7ème génération d'’acteur. Cela a commencé en 1820 ! Ca, effectivement….. Mais il y en a d'’autres, à commencer par les Guitry dont on joue une pièce…
 

Vous avez débuté en 1956 dans « Rencontre à Paris » de Georges Lampin…
 

Je faisais de la figuration…(Il rit)… J'’aime bien le citer ce film !
 

Quel a été votre souvenir le plus marquant, pour vos débuts ?
 

J’ai fait ce film presque par hasard. …Le fils de Roger Pigault, Sébastien, qui est un copain avec qui j’ai été élevé... '…Pendant la guerre, mes parents m'’avaient installé chez Renaud de jouvenel, en Corrèze, en zone libre, et Sébastien était assistant de Georges Lampin. Il barrait les routes, quelque chose comme ça…. Et puis je ne sais pas ce que je faisais, j’'étais à l’école ou j’'étais encore journaliste,… je ne savais pas trop quoi faire...… Et par hasard, il me dit « on manque de figurants ! tu ne voudrais pas participer ? »…... Mais enfin, j'’aime bien le citer parce que c'’est rigolo...…Mais mes débuts marquants, dont je me souviens, c’est d’'avoir avoir travaillé avec Marcel Carné dans « Le pays d’où je viens ». Ca, ce sont mes vrais débuts avec un petit rôle, mais un vrai rôle, avec Gilbert Becaud et Françoise Arnoul. C’était rigolo car Carné était un ami de mon père…


 

J’ai noté une autre chose assez incroyable, c'’est que de 1959 à 2007, hormis quatre années (1967, 1995, 1997, et 2002), vous n’avez jamais cessé de tourner…
 

Hmm oui (Il fait la moue…). Je me suis toujours amusé à travailler dans les trois disciplines : le cinéma, le théâtre, et la télévision. Ca me fait sourire aujourd’hui quand je vois des gars qui, quand ils ne travaillent plus au cinéma, disent : « alors exceptionnellement, je vais faire de la télévision… ». Pour les dates, Mouais….
 

Vous avez privilégié dans votre carrière, je ne sais pas si c'’est réellement cela ou si ce sont les occasions qui ont fait le larron, des genres bien différents...… Comédie, et polar…... Quelques drames…...
 

Ce qui veut dire que j’ai fait de tout quoi…. C’est le rôle d'’un comédien.
 

Mais votre préférence va vers quel genre ?
 

Vers le prochain…...Ca m'’est égal ce que j’ai fait. Vous savez, il y a un peu plus de, je ne veux pas mentir (il réfléchit) …40 % des films que j’'ai fait que je n'’ai pas vus. La plupart du temps, je les vois en projections privées, quand on fait le point…
 

Pourquoi ? Ca ne vous intéresse pas ?
 

Ca ne m'’intéresse pas du tout.
 

C'’est le travail par lui-même qui vous intéresse…
 

Exactement. Je reprends à mon compte une définition de Louis Jouvet qui disait « Au théâtre on joue, au cinéma on a joué ». C’est fini, c’est fini…
 

Ce qui veut dire que vous êtes plus enclin à avoir cette petite pointe d'amour supplémentaire pour le théâtre plutôt que pour le cinéma ?
 

Non. Vous savez, c’est peut être avec l’'âge, je ne sais pas si j'’ai toujours été comme ça, mais enfin, puisqu’'on parle aujourd’hui, je suis bien obligé de vous parler de ce que je suis, de ce que je ressens aujourd’hui. J'’ai beaucoup de distance par rapport à tout ça. C’est vrai que le théâtre…(il réfléchit)...… Je n’'ai jamais eu de plan de carrière, et j’'ai eu beaucoup de chance. J’'ai eu de la chance d’'avoir des parents, que vous citiez tout à l’heure, tout à fait exceptionnels. J’'ai été élevé dans un environnement absolument exceptionnel, par des gens intelligents, cultivés...… Je ne me rendais absolument pas compte de tout ça quand j'’étais gosse…... Ernest (Hemingway) m'’emmenait aux corridas...…Bon...…Ca me faisait plutôt chier …(il rit). Alors, il avait beau m’'expliquer, il buvait de la sangria, il se saoulait avec ses potes...… Et puis les dîners à la maison...… J’'ai été élevé exactement comme vous ! J’'ai été élevé au milieu de mes parents. Et par le milieu de mes parents ! C'est-à-dire par les collègues de bureau de mon père, comme tous les enfants du monde quoi… ! Seulement, la chance que j'ai eue, c'’est qu'’ils s'’appelaient Jouvet, Sartre, Hemingway, Cazarès, Carné, Prévert, c'’était ses copains quoi ! Ils refaisaient le monde, ils buvaient des coups, on mangeait le pot au feu, mais comme vous avec vos amis. Votre fille, elle voit ses amis, et bien moi aussi…... Donc, j’'ai été élevé comme tout le monde. Et ses amis étaient très gentils avec moi, ce qui prouve d'’ailleurs leur intelligence.. Je me souviens que ces gens là, quand il me voyaient, j’'étais en pyjama et je venais les embrasser...… Ils me disaient « tu crois que Bobet va gagner le tour de France ? Mais il y a Robic… »… Ils ne me prenaient pas la tête alors que c'’était quand même des pointures !
 

Et personne ne vous parlait de la relève de votre père ?
 

Pas du tout !! Tout le monde s’'en foutait. Ils s'occupaient d’'eux...… Ils travaillaient. Quand on me demandait ce que je voulais faire, comme tous les gosses, je répondais « Pompier » à cause des belles voitures rouges …(il rit)…. C’'est tout. Alors ils me disaient : « T'’as raison, ils ont des beaux casques ! », …ils étaient rigolos quoi ! Alors vous comprenez, j’'ai pas mal de recul vis-à-vis de tout ça.
 

En 1971, il y a eu la série télévisée « Vidocq » …
 

En 1971, c'’était la sortie. On a tourné en 1970 et 1972. On l’'a fait en deux fois...… il n'’y a pas énormément d'’épisodes.
 

Ca vous a propulsé au sein des foyers français à une vitesse fulgurante….
 

C’'était très bien. Ca a eu beaucoup de succès. C'’était très bien fait.
 

Vous vous attendiez à ça ?
 

Non. Comment voulez-vous ? On ne peut pas s'’attendre à du succès. On l’'espérait…... Je n'’ai jamais pensé à ça. J’espère ! Comme tout le monde quoi...En tout cas, ça tient très bien la route, c'’est très bien fait, c’'est écrit par un bon auteur qui est décédé maintenant qui s'’appelait Georges Neveu, qui était un auteur très important qui a écrit beaucoup de pièces. C'’était réalisé par Marcel Bluwal qui était en pleine forme à cette époque là et qui est un des metteurs en scènes avec lequel j'ai le plus travaillé. C'’est rigolo car avec lui, j'’ai travaillé dans les trois disciplines.
 

Beaucoup d'’acteurs dénigrent les Césars, surtout ceux qui n'’en ont pas …(Il rit). Vous, vous en avez obtenu deux. Un pour « Un éléphant ça trompe énormément », l’'autre pour « La guerre des polices », et vous avez été nominé trois fois supplémentaires. Que pensez vous de ce type de récompense, et du fait que certains acteurs de comédie, comme cette année où cela a créé la polémique, ne sont pas souvent récompensés ?
 

Et bien… Qu'’est ce que je pense de ces récompenses ? (Il sourit )...Je vais vous dire la vérité. Je ne les dénigre pas, mais je n'’en pense rien du tout. Pourquoi ? parce que c'’est de l’'erzatz. C’est une imitation des Oscars à Hollywood. Qu’'est ce que j'ai à dire là-dessus ? Premièrement, quand un événement, les Césars, ne sont qu'’une imitation de quelque chose, il y a toujours une différence. Il y en a déjà une première dont jamais personne ne parle et qui est très importante : un acteur américain, et c'’est officiel, qui est nominé simplement… du jour au lendemain, les prix doublent ! Il vaut, je dis n’importe quoi comme exemple, un million.. du jour où il est nominé Hop ! Il en vaut deux ! Sans discuter ! Et celui qui a l’'Oscar, les prix quadruplent ! En France… rien du tout ! Ca ne change absolument pas une carrière.
 

Que vous soyez nominé ou que vous soyez lauréat ?
 

Les deux ! Ca ne change absolument pas. Comme vous le dites, j’'en ai eu deux. Ca fait plaisir bien sûr, mais c'’est un plaisir qui dure vingt minutes, c'est tout. Et puis voilà, après c'’est l’'occasion d'’aller boire un coup avec ses copains …

La seconde différence avec les Oscars, si vous avez déjà vu la retransmission des Césars, c’'est qu’'en France, les lauréats s’'excuse presque d’'avoir gagné. (Il cite « Je remercie mes parents, mes grands-parents, le pape, etc… »), alors qu’'en Amérique, il réagit comme un footballeur qui vient de marquer un but ! Alors que nous, on s’'excuse…...
 

En 1992, vous vous livrez un sacré duel avec Claude Rich dans « Le souper », dans lequel vous incarnez Fouché….
 

(Il rit). Oui, c’est rigolo car c'’est vraiment à contre-emploi. La pièce a été écrite pour Claude Rich, et il a beaucoup, beaucoup travaillé avec Jean-Claude Brisville pour remodeler la pièce. Claude a dit à ce dernier : « Ok, je veux la jouer, mais avec Claude ». Il n’'était pas décidé à la jouer si je ne la jouais pas. Je lui dois ça et je lui rends hommage. Ca m'’a beaucoup plu. Mais c'’est à contre-emploi car Fouché mesurait 1m60, était d'’une couleur verdâtre…... Physiquement, le visage de Laurent Terzieff ! Terrifiant. Il était tout petit, malingre, comme tout ces gens là, complexé...… Il est mort gelé alors que c’était une des plus grosses fortunes de France ! Il avait la moitié de la Provence à lui, c'’était une fortune gigantesque. Il est mort ruiné, dans une chambre de bonne...…Et il est mort gelé, à l’'époque il n’'y avait pas de chauffage, il y a eu un hiver très rigoureux, et son cercueil était un cercueil d'’enfant. Jouer ce personnage a été un grand souvenir.
 

Le duel des deux personnages (Talleyrand et Fouché) passe très bien à l'’écran…
 

J’'aime bien me renseigner sur les personnages historiques que j'’interprète. J’'en ai joué quelques uns...… Maupassant aussi. Mais il ne faut pas confondre le théâtre et l’'université. Une pièce sur la rencontre Fouché/Talleyrand, rencontre qui a eu lieu d’'ailleurs, l’'hôtel particulier de Talleyrand existe toujours puisqu’'aujourd’hui, c'est devenu l’'ambassade des Etats-Unis, à Paris, place de la concorde. Pas mal hein ? Le dîner a eu lieu, la rencontre entre les deux hommes a eu lieu, mais il y avait 200 personnes et simplement à un moment donné, ils se sont retirés un petit peu et leur discussion a duré 10 minutes… Mais mon travail, c’était d’'interpréter le Fouché de Brisville ! Sans ça, qu’'est ce que ça veut dire ? Il aurait fallu que je maigrisse de 40 kilos, tout ça…... Une fois que j’'ai bien assimilé le Fouché de Brisville, à ce moment là, je peux rajouter quelques petites choses…... Ce n'’est pas un cours d'’histoire le théâtre...… Ce qui est amusant, c’'est que l’'on a fait des progrès car on l’'a joué une première saison, puis on est partis en vacances. Pendant ces vacances, on l’'a joué au cinéma sous la direction de Molinaro, et puis après on l’'a repris. Quand le théâtre apprend beaucoup de choses pour le cinéma, le cinéma apprend beaucoup de choses pour le théâtre.
 

En 2006, changement total. Vous rencontrez un gros succès avec « Camping » de Franck Dubosc, dans lequel vous interprétez un « Beauf » très sympathique avec ses tongs et ses chaussettes, Jacky, qui est resté dans les mémoires…
 

Je me suis beaucoup amusé en effet. J’'ai une maison à Grimaud, un petit village au dessus de Saint-Tropez, et il y a beaucoup de campings par là. Alors, avant de commencer le tournage, j’'ai dit à ma femme : « donne moi un bonnet, des lunettes, et je vais me ballader dans le camping pour voir comment ils s'’habillent »… Et bien j’'en ai vu un de « Jacky » ! (Il rit)...… Avec ses tongues et ce qui m'’a plu, c’est qu'’il avait des socquettes ! Alors j’'ai dit à ma femme, je vais mettre ça et elle m’a dit : « mais tu vas être ridicule ! » Je lui ai répondu que c’'est exactement ce que je voulais…
 

J’'ai une amie de Côte d'Ivoire, Alida, qui l’'a vu au moins huit fois, et qui ne s'’en lasse pas…
 

(Il rit de plus belle). C'’était très marrant. On va faire la suite. Je viens de recevoir le scénario.
 

C'’est un secret ou on peut savoir de quoi cela va parler ?
 

Oh ben pareil…...On retrouve toute la bande des campeurs...…Il n'’y a pas Gérard Lanvin puisque son personnage était une pièce rapportée. Il y a un nouveau personnage qui vient se greffer au milieu des campeurs qui est interprété par Richard Anconina…... Il y a toujours Franck (Dubosc), il y a Mylène (Demongeot) et moi, il y a Duléry et Mathilde Seigner, et un autre personnage qui déserte… Celui qui est tout le temps de bringuer (Laurent Olmédo dans le rôle du « 37 »), l’'obsédé sexuel…... Si vous vous souvenez du premier film, à côté du camping, il y a le camp des nudistes, les « tout nus ». Alors ce personnage arrive, et ne rejoint pas ses amis, mais les « Tout nus »… il déserte quoi ! (Il rit). Le tournage débute le 10 août, après la tournée théâtrale, à Arcachon.
 

En préambule, je vous ai cité dans Wikipédia, comme acteur et sportif. Tout le monde connaît vos victoires avec Jacky Ickx sur le Paris/Dakar. Mais par contre, j’'ai découvert que vous aviez fait partie de l’'équipe de Bobsleigh en 1963 et 1964…
 

Effectivement. En 1963, on a gagné le championnat de France, et en général l'’équipe de France de neige et glace qui était à l’'époque sous la direction d’'Honoré Bonnet, était en général réservée aux savoyards, hauts-savoyards, et quelques pyrénéens…... C'’est très restreint comme milieu. Il est évident qu’un môme qui va à l’école en ski...… il a un background de ski que jamais un parisien ne pourra avoir, contrairement au bobsleigh...…Premièrement, il n'y avait pas de piste en France, ça coûte très cher. Et puis à l’époque, les pistes n'’étaient pas réfrigérées, alors que maintenant il y a des tuyaux réfrigérants…... Grâce aux deux olympiades françaises, Grenoble et Alberville, il y a maintenant deux pistes de bob, donc…...

Mais à l’'époque, les savoyards et les hauts-savoyards ne pouvaient pas s'’entraîner plus que nous. On s'’est plaint à l’'époque auprès du ministre des sports, qui était à l’'époque Maurice Herzog, et on lui a dit que ce n’'était pas normal car on courrait les championnats de France à Saint Moritz, et alors on envoie aux jeux olympiques une équipe, à l'’époque, on faisait du bob sur route, ce qui n'’a strictement rien à voir. Alors Herzog a dit , « bon, ok vous avez raison, à partir de maintenant, les championnats de France feront office de sélection ! ». C’'est lui qui a décrété ça en tant que ministre des sports. Nous avons donc couru le championnat de France, nous étions quatre copains (à l’'époque, on ne faisait pas de bob à 4, mais du bob à 2), nous avons fait premier et deuxième au championnat et c’'est comme ça que l’'on a été sélectionnés aux championnats du monde 1963, et aux jeux olympiques de 1964, et mon rêve, ça aurait été d’'aller aux jeux de 1968 en France. Mais j’'ai eu un accident... bon, ça arrive….
 

Et c'’est ça qui vous a empêché d'’y participer ?
 

C'est-à-dire que… bon... Ce sont des trucs qui m'’amusent. Je n’'ai jamais été un professionnel du ski, comme la voiture. On a couru le Paris/Dakar 6 fois parce que c’'était rigolo. Mais enfin, je n’'ai jamais voulu être un pilote professionnel. Quand Thierry (Sabine) est mort avec Balavoine, on a laissé tomber. Jacky, lui, a continué, mais c’'était son métier.
 

Mais on ne gagne pas un Dakar en dilettante…
 

Je suis tout à fait d’accord, vous avez raison. Je veux dire que je ne prends jamais rien au sérieux, y compris mon métier. Mais à partir du moment où je décide de faire quelque chose, je le fais sérieusement. Mais je ne me suis jamais pris pour un pilote. C'’est rigolo.
 

Vous avez tourné avec les plus grands : Delon, Belmondo, Gabin, Montand, Schneider… et j’'en passe… Si vous aviez encore un rêve à réaliser, quel serait-il ?
 

(Il regarde autour de lui). C’'est malheureux mais il n’'y a plus de bois. J’'aimerais toucher du bois…... C'est de rester en bonne santé. Le reste...… C’'est quand même ce qu'’il y a de plus important. (Il prend un air sombre). Je suis à un âge très désagréable pour ça (il aura 73 ans le 15 juin)...Parce que plusieurs fois par années, je ne veux pas dire par mois mais (soupir)…, j'ai un copain qui disparaît, qui se retrouve paralysé, ou qui m'’annonce qu'’il commence une chimiothérapie...…Brrrrr…... Avant-hier, un mec vient m’'embrasser, c'’est tout juste si je ne lui demande pas « Mais qu’'est-ce qui t’'arrive toi ? »… je ne l'’avais pas reconnu...… C'’était un gars avec de grands et beaux cheveux, et là on aurait dit un vieillard sans cheveux, en chimiothérapie…... Brrr.. C'’est très désagréable d’'arriver à cet âge là, alors, si je peux rester en bonne santé... J’'ai la chance depuis bientôt 40 ans d'’être entouré de mon fils et de sa maman, c’'est bien. J’'estime avoir eu beaucoup de chance. La chance d’'avoir pu choisir ce métier, et très honnêtement, sans faire de mots d’'esprit, mais j'’ai vraiment la sensation de n’'avoir jamais travaillé. J’'ai toujours rigolé. Je ne peux pas dire que je travaille. Tous les soirs, je me déguise, je mets un chapeau melon, des smokings, des uniformes...…on me donne des revolvers…...Le jour où je ne m'’amuserai plus, j’'arrêterai.
 

Votre fils Alexandre, voit les choses de la même manière ?
 

Il faudra lui demander… (Il sourit).

Il ne faut pas oublier une chose. Vous êtes allé à l’'école ? Et bien, vous avez la classe d'’arithmétique, la classe de géographie, chimie… etc...… mais entre ces classes il y a quoi ? La récréation. Et que fait-on pendant la récréation ? On joue aux gendarmes et aux voleurs. Et qu'’est-ce que je fais moi, dans la vie ? Un jour je suis le voleur, un jour je suis le gendarme...…C'’est vrai que je m'’emmerdais pendant les classes (il rit), alors on jouait aux cow-boys et aux indiens...… Et qu’'est ce qu'’on fait maintenant ? la même chose...…Mais comme je vous le disais tout à l’heure, je le fais sérieusement. Comme quand je fais le Paris/Dakar, je ne le fais pas pour faire de la figuration, ou pour avoir ma photo dans Paris Match, j’'en ai rien à foutre ! Une fois avec Jacky, les photographes, c’est fini ! J’'ai pris des cours avec Jean Todt, et on a gagné deux fois quand même !
 

La nouvelle génération d'’acteurs qui arrive n'’a pas la même aura que celle d'’avant…
 

Oh vous avez raison. D’abord, ils sont tristes...…ils sont chiants…
 

A quoi est-ce dû à votre avis ?

Parce qu’'on est un petit peu dans une civilisation de Kleenex. Je me souviens de mon père qui ne se mouchait pas dans des Kleenex. Il avait un mouchoir en soie...…Et aujourd’hui, c’'est un petit peu ça…... Tous les jours, dans le journal, il y a un nouveau Delon, un nouveau Gabin, un nouveau ceci, un nouveau cela. Et le lendemain, c'’est un autre. Et en plus, ces émissions populaires...… On fait miroiter aux mômes…... Vous savez , je donne des cours au conservatoire à Paris, enfin des cours…... J'’ai refusé de donner des cours parce que je n'’ai pas de formation pédagogique, bien que j’'ai été très honoré de la proposition du directeur. Mais je les rencontre, leur parle et je leur dis ce que je pense.
 

 Un peu comme l'’émission sur l’'Actor Studio ?
 

J’'ai vu cette émission. Pas tout à fait. Je leur fais travailler des scènes. Je donne 10 cours par an. Je ne veux pas dire de bêtises, au cours de l’année, deux ou trois fois, je leur ai dit « Je vous préviens, je ne suis pas là pour vous dire ce que vous avez envie d’'entendre, je suis là pour vous dire ce que je pense. Vous le prenez, vous ne le prenez pas, ça m’'est égal. Alors je vous préviens, je vous dirai toujours la vérité ». Et bien deux ou trois fois dans l’'année, je suis obligé de leur dire, et je rejoins ce que vous est en train de me dire, « vous n’'avez pas envie d’'être des acteurs, vous avez envie d'’être des VEDETTES ! (il insiste sur le mot en détachant les syllabes), alors foutez nous la paix, arrêtez ! » C’'est vrai que notre génération, on est toujours là d'’ailleurs ! Marielle, Belmondo, Rochefort, toute notre bande du conservatoire, bien sûr qu’'on avait envie de réussir, de bien faire…  mais on ne pensais même pas faire du cinéma, on était fascinés par les acteurs, on allait tous les soirs au théâtre, on avait envie d'’être des acteurs et des bons acteurs et on voyait des hommes comme Louis Jouvet, Louis Salou, Marcel Herrand…... ah…... Et les jeunes, ils sont fascinés par Loana, toutes ces gonzesses là…
 

Ce n’'était pas une certaine forme d'’insouciance due principalement au climat de l’'époque ?

Certainement. Sûrement.
 

Il n’'y avait pas également ce pouvoir de l'’argent qui règne aujourd’hui…
 

Non plus. On n’'avait pas un rond. On avait un bistrot où on allait souvent parce que mon père y allait quand il jouait. Le patron nous disait « vous avez des sous ? ». On lui disait que non. « Bon ben je demanderai à ton père ». Mon père arrivait et le patron lui disait « oui, il est passé avec son copain Belmondo »… Alors il réglait. (il rit).

Les jeunes de maintenant ne sont pas totalement responsables. C'’est l'’évolution de la société qui est comme ça. Nous, on était contents quand on avait une audition à passer…
 

Vous avez une image populaire…
 

Tant mieux !
 

Mais vous pourriez être imbu de vous-même avec une carrière comme la vôtre…
 

Mais je finirais par m’'emmerder ! (Il rit). Je ne vois pas pourquoi à partir du moment où…...Je ne suis pas facile facile non plus, mais à partir du moment où les gens sont sympathiques...…Mais s'’ils m'’emmerdent, je suis assez grand pour leur dire, croyez moi !
 

Une carrière aux Etats-Unis ne vous aurait pas tenté ?
 

Non. D’'abord parce que je ne parle pas anglais ! Alors, je ne vois par ce que j'’irais foutre là bas.
 

Il y a des professeurs…
 

Oh là, trop tard. Je ne vais pas me mettre à apprendre l’'anglais. Et puis attendez...…Quand je vais dans un restaurant, je me débrouille pour commander à bouffer, ou pour demander mon chemin…... Mais de là à jouer la comédie... …Et puis Eh ! Ils ont ce qu'il faut là bas...… Ils ont une kyrielle d'’acteurs absolument extraordinaires...… Extraordinaires !
 

Ca vous aurait intéressé, à une époque, d'’être là bas, à Hollywood ?
 

Pas Hollywood. Mais d’'être dans le théâtre anglais
 

Laurence Olivier, etc…...

 

Ouais...… Il y en a d’'autres...… les Gielguld, etc...…C'’est une civilisation d’'acteurs et de gens qui aiment le théâtre, même au niveau du public. J’'ai joué en Angleterre, et j'’ai joué à New-York aussi, quand j’'étais au TNP (Théâtre National Populaire). On est allé là bas avec des textes français, bien entendu, et ils sont comme à la messe…...Qu’'est ce qu'’ils aiment ça ! Mais quand on propose une pièce agréable...… J'’adore les tournées...… D'’abord parce que j'adore la province. Le public est très différent du public parisien.
 

A quel niveau ?
 

A tous les niveaux. Je vous donne deux exemples...… Déjà en province, même si ça parait désuet, les gens s'’habillent pour aller au théâtre. Pas à Paris. L'’autre petite différence, elle a l’'air de rien…...Quand on sort du théâtre, si des gens nous attendent à la sortie, à Paris c'’est « Bravo Monsieur Brasseur, vous pouvez me signer un autographe ? »… En province, ils disent « Merci ». Ils ne disent pas bravo. Parce que je pense qu'’inconsciemment, les gens réalisent que ce ne sont pas eux qui sont venus à nous, mais nous qui sommes venus à eux. En général, ils sont très désappointés car des fois, quand ils mangent le soir, ils ont l'’impression qu’'on est à leur table puisqu'’on est dans le poste. Alors, il y a une espèce de familiarité qui se crée. En province, les gens sont contents. Par exemple, il y a quelque chose de formidable qui est très émouvant… Ca n'’arrive pas toujours, pas partout, mais il y a une chose qui n’'arrive qu’'en province…...Il nous est arrivé là, en jouant cette pièce, et dans toutes les tournées que j’'ai faites (je suis déjà venu à Bastia avec Michel Bouquet), d'’arriver dans une brasserie pour manger après la représentation. Et bien des gens se lèvent et nous applaudissent quand on rentre dans l’'établissement. Ca fait un choc ! Mais j’'aime bien. Quand on offre au public un spectacle digne de ce nom, c’est fatiguant mais c’'est agréable que les gens apprécient.
 

Mon interview se termine. Je vous remercie beaucoup de votre gentillesse.
 

Je vous en prie.
 

Mais je ne peux pas partir sans vous dire que je garde un souvenir impérissable de votre interprétation dans la dernière scène du film « Josépha »
 

Ah oui. Je l’'aime bien aussi celle là. C’est un de mes films préférés.
 

 Et cette ressemblance avec votre père, c'’est incroyable !
 

C’'était voulu. Et avec le chien… j’'aime bien…...

Iago ?

Exactement.

 

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corsu61 22/04/2009 00:17

merci vincent. Ce n'est pas impressionnant de l'interviewer, mais c'est diablement passionnant ! Heureux de t'avoir contenté.

Vincent 21/04/2009 10:15

Très bonne interview, très passionnante, ça doit être impressionnant de lui parler.

corsu61 17/04/2009 21:29

merci beaucoup palilia et Antho93. Vos compliments me vont droit au coeur et me font un plaisir énorme. Pour répondre à ta question palilia, j'ai effectivement un dictaphone avec moi (que tu peux voir sur la deuxième photo, au dessus de la boite d'allumettes) et qui est très performant. Et puis, pour les questions, il suffit d'être passionné et d'aimer les acteurs, tout simplement. Mais je me réjouis vraiment de vous avoir contenté. Et j'adorerai qu'ils viennent me chercher pour un film !! LOL.. mais là, on peut rêver !

pALILIA 17/04/2009 21:22

Alors là, Corsu !Tu me donnes la chair de poule et les larmes aux yeux. D'abord tu es un brillant journaliste et tu as des questions très précises mais qui changent des âneries de Drucker qui est bien trop formaté, mais tu as réussi à me rendre Claude BRASSEUR sympathique. Tu utilises un magnéto pour nous retranscrire ça de façon si parfaite ?
Je ne pourrai jamais faire un truc comme ça : si je chasse mon naturel idiot, il repart au triple galop des chevaux de Claude GIRAUD qui a le même âge que lui. Tu sais pourquoi je te dis cela. Mais là, mon ami, tu m'as bluffée.
Et garde tes cheveux très courts, on dirait que c'est toi l'acteur : un de ces quatre, ils vont venir te chercher pour un film, haha ! (non, je ris mais je le pense).
Vraiment, je fais comme Brasseur, je te dis "merci" car c'est rare d'avoir une interview si différente des autres et j'ai tout lu mot après mot et pas en diagonale.... alors on peut tous t'applaudir.

ANTHO93 17/04/2009 20:34

j'adore ta rubrique ! Enfin des articles sans langue de bois. Je vais jeter un oeil sur le reste de ton blog, mais je reviendrai désormais souvent.